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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/691

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menaçante. L’échec du bill de la Jamaïque par les votes unis des tories et de quelques radicaux était donc un fait trop significatif pour être méconnu. En quittant le pouvoir qui le quittait, lord Melbourne ne fit que consulter sa propre dignité, et se conformer à la règle fondamentale du gouvernement représentatif.

Je ne veux point raconter la crise qui suivit, mais cette crise se termina par un incident trop curieux pour que je le passe entièrement sous silence. Le ministère tory était formé, et sir Robert Peel, chef du cabinet nouveau, allait recommencer avec plus de chances de succès la tentative de 1834, quand tout à coup on apprit que sir Robert Peel avait demandé la faculté de renvoyer, s’il le jugeait nécessaire, deux dames de la cour, alliées de très près, l’une au vice-roi, l’autre au secrétaire d’état d’Irlande. Le lendemain, sir Robert Peel avait remis ses pouvoirs, et lord Melbourne, rappelé par la reine, reprenait les siens.

Personne n’a oublié la longue et vive polémique à laquelle cet incident donna lieu. Ce que l’on n’a peut-être pas assez remarqué, c’est que les partis semblèrent, dans cette circonstance, avoir changé de rôle et de langage. Ainsi, ce sont les whigs et les radicaux qui défendaient la prérogative royale, ce sont les tories qui l’attaquaient. « L’histoire, s’écriaient les premiers, ne présente pas d’exemple d’une oppression aussi odieuse, aussi révoltante, et si le pays n’intervient ouvertement pour sa reine, il faut s’attendre à voir renaître les jours du long parlement. » - « Une conspiration d’antichambre, répondaient les seconds, menace le principe parlementaire, et si le pays ne se prononce pas énergiquement contre un ministère de favoris et de courtisans, l’Angleterre reculera de deux cents ans. » Qu’à côté de cette polémique, on relise les débats de 1783, quand le fameux ministère de la coalition fut renversé par le vote des gentilshommes de la chambre. Combien les whigs alors se montrèrent parlementaires, et les tories monarchiques ! D’une part, quelles éloquentes invectives contre l’influence corruptrice de la cour, et quelle revendication hardie du pouvoir qui doit appartenir à tout ministère sur la maison royale ! De l’autre, quelle loyale et fervente indignation contre les téméraires qui prétendaient asservir la royauté jusque dans ses affections privées, et quelles énergiques protestations contre des doctrines quasi-républicaines ! En 1839, sir Robert Peel parlait à peu près comme M. Fox en 1783, et lord Melbourne comme M. Pitt.

Nul doute qu’en droit sir Robert Peel n’eût raison ; mais, en fait, il y a une circonstance qui me paraît justifier pleinement la conduite