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COLOMBA.

lâches assassins, — frappé par derrière ; — son père dont le sang est rouge — sous l’amas de feuilles vertes. — Mais elle a recueilli son sang, — ce sang noble et innocent ; — elle l’a répandu sur Pietranera, — pour qu’il devînt un poison mortel. — Et Pietranera restera marquée — jusqu’à ce qu’un sang coupable — ait effacé la trace du sang innocent. »


En achevant ces mots, Colomba se laissa tomber sur une chaise, elle rabattit son mezzaro sur sa figure, et on l’entendit sangloter. Les femmes en pleurs s’empressaient autour de l’improvisatrice ; plusieurs hommes jetaient des regards farouches sur le maire et ses fils ; quelques vieillards murmuraient contre le scandale qu’ils avaient occasionné par leur présence. Le fils du défunt fendit la presse et se disposait à prier le maire de vider la place au plus vite, mais celui-ci n’avait pas attendu cette invitation. Il gagnait la porte, et déjà ses deux fils étaient dans la rue. Le préfet adressa quelques complimens de condoléance au jeune Pietri, et les suivit presque aussitôt. Pour Orso, il s’approcha de sa sœur, lui prit le bras et l’entraîna hors de la salle. — Accompagnez-les, dit le jeune Pietri à quelques-uns de ses amis. Ayez soin que rien ne leur arrive ! Deux ou trois jeunes gens mirent précipitamment leur stylet dans la manche gauche de leur veste, et escortèrent Orso et sa sœur jusqu’à la porte de leur maison.


XIII.


Colomba, haletante, épuisée, était hors d’état de prononcer une parole. Sa tête était appuyée sur l’épaule de son frère, et elle tenait une de ses mains serrée entre les siennes. Bien qu’il lui sût intérieurement assez mauvais gré de sa péroraison, Orso était trop alarmé pour lui adresser le moindre reproche. Il attendait en silence la fin de la crise nerveuse à laquelle elle semblait en proie, lorsqu’on frappa à la porte, et Saveria entra tout effarée, annonçant : M. le préfet ! À ce nom, Colomba se releva comme honteuse de sa faiblesse, et se tint debout, s’appuyant sur une chaise qui tremblait visiblement sous sa main.

Le préfet débuta par quelques excuses banales sur l’heure indue de sa visite, plaignit Mlle Colomba, parla du danger des émotions fortes, blâma la coutume des lamentations funèbres que le talent même de la voceratrice rendait encore plus pénibles pour les assistans ; il glissa avec adresse un léger reproche sur la tendance de la dernière impro-