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Il est pourtant possible que toutes ces démonstrations aient un résultat, celui de hâter la fin d’un honteux procès, et d’empêcher la condamnation d’une femme moins coupable cent fois que celui qui la poursuit avec tant d’acharnement. Mais, grace à Lieu, nos institutions sont trop bien assises pour qu’un si petit incident puisse les ébranler. »

On sait que trois mois après la procédure était abandonnée, et que l’année suivante, au moment du couronnement, la reine subissait silencieusement l’humiliation personnelle de se voir interdire l’entrée de l’abbaye de Westminster.

Ce n’est pas tout, et il est encore dans le caractère anglais un trait qu’il est important de connaître et de se rappeler. Les Anglais, quand le devoir ou la passion commandent, sont incontestablement une des nations les plus braves qu’il y ait ; mais ils n’ont pas cette ardeur de sang qui, à défaut d’une passion profonde ou d’un devoir impérieux, se précipite volontairement et légèrement dans les entreprises les plus périlleuses. Ainsi, lors des émeutes qui, depuis dix ans, ont troublé Paris, il a été constaté que plus d’un combattant avait pris les armes par amour du combat et pour chercher, au risque de la vie, de nouvelles et vives émotions. Il n’y a rien de semblable à craindre en Angleterre. Qu’on se rappelle la plus sérieuse des insurrections chartistes de l’an dernier, celle qui s’est emparée un moment de la ville de Newport. Cette insurrection avait été préparée de longue main par des hommes capables et exercés. Pour la dissiper, il a pourtant suffi d’une poignée de soldats et de quelques coups de fusil. Croit-on qu’en France plusieurs milliers d’hommes armés eussent si vite renoncé à leurs projets ? A Newport, d’un autre côté, la conduite du maire, de l’officier qui commandait le détachement et des soldats qui le composaient, fût admirablement belle. C’est qu’ils étaient soutenus par le sentiment du devoir, et par la pensée que la loi combattait avec eux.

De ces observations je conclus qu’en Angleterre les apparences sont souvent trompeuses, et qu’il y a plus loin dans ce pays que dans tout autre d’une émeute à une révolution. Sans s’arrêter à la surface, il faut donc pénétrer dans les entrailles même de cette vieille société, et chercher si, comme on le prétend, la vie commence à s’en retirer. Il faut examiner si entre l’état des esprits et les institutions religieuses, politiques et civiles, le désaccord est tel qu’une crise violente soit, dès à présent, devenue nécessaire.

Je commence par les institutions religieuses. En Angleterre, on le