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aux notes que j’avais prises, et à l’opinion que je m’étais faite avant que le traité de Londres fût connu.

L’Angleterre, depuis quelques années, est en proie à une crise intérieure qui préoccupe à juste titre tous les esprits politiques. D’une part, la lutte parlementaire se poursuit et se renouvelle avec une activité systématique, une persévérance passionnée dont l’histoire offre peu d’exemples. De l’autre, l’idée d’une rénovation radicale dans la religion, dans le gouvernement, dans la société même, agite les masses et fait de temps en temps explosion. Aujourd’hui, c’est un illuminé qui apporte à l’Angleterre la fin de toutes les misères, et qui trouve une poignée de fanatiques pour prendre les armes avec lui, et pour l’adorer comme un second Messie, quand il est tombé sous les balles des soldats. Demain, ce sont les insurrections des chartistes qui éclatent sur plusieurs points à la fois, et qui menacent d’une ruine complète et prochaine la vieille constitution du pays. En même temps, des associations s’organisent et se propagent, qui, sans s’inquiéter des symboles religieux ou des formes politiques, annoncent hautement l’intention de reprendre la société par sa base, et de fonder, sur l’abolition du mariage et de la propriété, un nouveau monde moral. Partout enfin, au centre comme aux extrémités, au haut comme au bas de l’échelle, il y a travail et malaise. Partout on sent ce trouble inconnu et cette vague inquiétude qui précèdent ordinairement dans le monde les grandes catastrophes et les longs bouleversemens.

A la vue de cette situation singulière, des hommes éclairés, et dont l’opinion compte, ont pensé et pensent encore que l’Angleterre est à la veille d’une révolution. Ils ne nient certes point que, dans sa triple action, religieuse, politique et civile, la constitution anglaise n’ait produit d’immenses résultats, et porté au plus haut point la grandeur et la prospérité du pays ; mais ils croient que cette constitution a fait son temps, et que malgré les efforts du parti réformiste pour en réparer les rouages sans la briser, la vieille machine, cette machine jadis si solide et si puissante, tombe en poussière aujourd’hui et ne peut plus fonctionner utilement. Il faut donc qu’elle périsse toute entière, et que l’Angleterre ait son 1789, de même que la France a eu son 1688, il y a dix ans.

Cette opinion est-elle fondée, et les réformes accomplies ou entreprises depuis 1830 ne sont-elles en effet qu’un vain palliatif, bon tout au plus à retarder de quelques jours une catastrophe inévitable ? En d’autres termes, existe-t-il, en ce moment, chez nos voisins, un de