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pas qu’une grande partie des soies à coudre employées aux États-Unis ne vienne de l’étranger, et que les manufactures américaines préfèrent pour matière première les soies qui viennent du dehors aux soies mal filées produites dans le pays.

Nos manufacturiers peuvent se rassurer, car ils n’ont à redouter aucune concurrence de la part d’ouvriers qui ignorent l’art du filage et du moulinage, les premiers élémens de l’industrie sétifère.





De graves questions sont soulevées dans le livre publié par M. Hello sous le titre de Philosophie de l’Histoire de France [1]. Il s’agit en effet de constater, pour la France, la marche ascendante des générations, de rechercher les causes secrètes qui les poussent en avant, de dégager, dans les évènemens, l’action de l’homme et l’action de Dieu, de montrer enfin ce que peut le maître absolu et la créature soumise, quoique indépendante. Est-il donné à l’homme de résoudre d’une manière satisfaisante ces grands problèmes, et pour arriver à la solution, quelle est la marche à suivre ? Faut-il se borner à la méthode expérimentale, rassembler les faits, les examiner, et réduire rigoureusement les lois qui semblent la régir ? Faut-il adopter la méthode à priori pure, et des seules notions générales des choses déduire leurs lois suprêmes par la seule force de la pensée ? Je ne sais vraiment ; car, quel que soit le point de vue où se place la philosophie de l’histoire, les difficultés semblent égales. Si l’on s’en tient à l’étude sévère des faits, il est presque impossible que cette étude soit complète, car bien des faits importans se déroberont sans cesse dans les obscurités du passé, et il faudra constamment suppléer par la témérité de l’esprit aux enseignemens des souvenirs positifs. D’autre part, c’est une condition de notre intelligence, que les notions même les plus universelles ne nous sont révélées que par la réalité, par le tangible. Que ce soit Bossuet, Herder, ou Vico, et que le génie de ces grands hommes, en sondant l’incompréhensible, ait deviné juste, il y aura toujours quelque chose d’idéal dans le résultat de leur synthèse, il se rencontrera d’ailleurs toujours un texte, un fait qui la contredira. Le doute reparaît partout ; l’omnipotence humaine a contre elle l’évidence ; le dogme de la fatalité est essentiellement immoral et faux, et cependant les plus grands historiens, Thucydide, Hérodote, Tite-Live, Tacite, ne sont-ils pas fatalistes ! L’antiquité et la société moderne se contredisent ; certes il y a là

  1. Joubert, rue des Grés, n° 14. Un volume in-8°.