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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/655

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rien de plus simple que son fameux traité. Il n’y a dissentiment que sur les moyens d’atteindre le but : qu’importe ? c’est si peu de chose !

Nous venons de montrer qu’au fond il n’y a pas même unanimité sur le but. La France pense qu’il est sage de maintenir les faits accomplis : le noble lord veut tout bouleverser. La France veut pour l’empire ottoman une intégrité réelle et possible ; lord Palmerston, une intégrité chimérique, qui aboutit à l’anarchie, au désordre, au démembrement.

Mais d’ailleurs est-ce sérieusement qu’on vient nous dire que ce n’est rien que le dissentiment sur les moyens d’exécution ? Et quels sont ces moyens ? Où commencent-ils ? où finissent-ils ? que deviendraient-ils si le pacha résistait, si un premier succès couronnait ses efforts ? si la lutte se prolongeait ? A ces questions il n’est qu’une réponse : la voici. Les nouveaux alliés ont imaginé que la France se bornerait humblement au rôle de spectatrice ; qu’elle laisserait écrire dans l’histoire du XIXe siècle ces paroles : La France, après les guerres de la révolution et de l’empire et un repos de vingt-cinq ans, vit un jour l’Angleterre, la Russie, la Prusse et l’Autriche régler seules les affaires de l’Orient, et se contenta de leur dire que c’étaient là des façons peu courtoises !

A l’heure qu’il est, l’Europe sait que c’est là une supposition hasardée que les faits se chargeraient de démentir. Quiconque pense que la France désire sincèrement le repos du monde, qu’elle préfère à toutes choses une paix digne, honorable, celui-là est un juste appréciateur de l’opinion publique ; mais il la méconnaîtrait complètement, celui qui pourrait être tenté de croire que la France se résignera à un rôle subalterne et indigne d’elle.

Empressons-nous de le reconnaître. Il y a à cet égard accord parfait de sentimens, véritable élan national. La couronne et le pays, la garde nationale et l’armée, toutes les opinions, tous les partis, nous n’en exceptons aucun, n’auraient qu’une voix, qu’un cri le jour où la France se sentirait blessée dans son honneur, dans sa dignité, dans ses plus chers intérêts. La couronne trouverait dans le cabinet actuel un interprète fidèle, un exécuteur habile de ses généreuses résolutions. Disons plus, quels que fussent les hommes assis au pouvoir, nulle force humaine ne pourrait les y maintenir le jour où ils faibliraient sous le poids de cette mission nationale, le jour où la couronne ne trouverait pas en eux un conseil et un instrument proportionnés à la grandeur des évènemens.

Au surplus, ce n’est pas la résolution du cabinet anglais qui doit fixer plus particulièrement l’attention de notre gouvernement. Sans doute c’est du cabinet anglais que la France, au point de vue de sa dignité, a le plus le droit de se plaindre ; c’est lord Palmerston qui, sans tenir aucun compte de notre alliance, n’a eu ni trêve ni repos qu’il n’ait formé une alliance nouvelle. Mais, au point de vue purement politique et d’intérêt matériel, c’est sur la Prusse et l’Autriche, sur leur adhésion au traité anglo-russe, que le gouvernement français doit, avant tout, porter son attention.

L’Angleterre, pays libre, pays constitutionnel, ne tardera pas, nous en