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Au reste, n’insistons pas davantage sur le procédé : parlons du fait. Qu’en reste-t-il, toute susceptibilité mise de côté ?

Une chose fort grave : l’Angleterre, après dix ans d’alliance, quitte la France pour la Russie, et s’en va tenter de résoudre, avec les adversaires plus ou moins avoués de la France et même de l’Angleterre, la plus grande question du temps.

La France est exclue d’une question qui comprend tous les intérêts de la Méditerranée à la fois ; elle en est exclue quand l’Autriche, qui a Trieste dans cette mer, quand la Prusse, qui n’y a rien, sont appelées à la traiter !

La France, en outre, se trouve seule en présence des puissances du Nord, toujours au fond ennemies de sa révolution, et elle n’a plus avec elle l’Angleterre pour conjurer leur mauvais vouloir.

Qu’a dû faire la France dans cette position ? que doit-elle faire encore ?

S’agit-il de faire du bruit, de menacer, d’agiter les esprits, en un mot de tenir la conduite des faux braves ? Non.

La France doit se souvenir que, même étant seule, elle a tenu tête à l’Europe ; elle doit se rappeler que, même étant seule, elle peut défendre ou sa révolution, si c’est sa révolution qu’on menace, ou ses intérêts, si c’est à ses intérêts qu’on en veut dans la Méditerranée ; elle doit se mettre en mesure sans bruit et sans jactance.

Tout le monde lui dit : — Mais nous ne voulons pas la guerre. — Soit. Si vous ne la voulez pas, doit répondre la France, ne faites pas ce qui pourrait l’amener.

La France doit armer, non pas avec ostentation, mais avec une activité efficace. Puis, comme on dit, elle verra venir. C’est aux quatre puissances à voir ce qu’il faut penser de tout cela, et à se demander si, en s’étant trompées sur les premières conséquences de la convention de Londres, elles ne pourraient pas se tromper encore sur les dernières.