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d’Acre accordé viagèrement ; mais pour donner à l’offre quelque caractère de nouveauté qui la rendît admissible, il y a joint la concession de la place de Saint-Jean-d’Acre. Cette offre n’était guère plus acceptable que la précédente, car on ne donnait au vainqueur de Nézib que l’Égypte, la moindre partie de la Syrie, et il fallait lui arracher, outre la plus grande partie de la Syrie, Adana, que Méhémet appelle la clé de sa maison, Candie, la reine de l’archipel, et les villes saintes, qui sont le plus grand moyen d’influence morale en Orient. Lui ôter tout cela après une victoire, c’était le pousser aux dernières extrémités, et exposer l’Europe à de graves dangers. Le cabinet du 1er mars avait fait des efforts très grands auprès du vice-roi pour lui arracher des concessions ; il avait à peu près obtenu l’abandon des villes saintes et de Candie. Il avait été moins heureux à l’égard d’Adana : il avait cependant quelque espoir d’en obtenir le sacrifice, si on laissait au pacha l’Égypte et la Syrie héréditairement ; mais il lui était démontré que sans la guerre, on n’arracherait pas au pacha une portion quelconque de la Syrie. Or, quand on lui demandait de consentir à un arrangement qui avait pour but d’enlever au vice-roi ce qu’il n’était d’abord pas juste de lui ôter, et ce qu’on ne lui ôterait que par la guerre, le cabinet du 1er mars ne pouvait pas céder, et dans la chambre, on lui disait à grands cris de ne pas se rendre ! Ceux même qui le blâment aujourd’hui l’accusaient alors de faiblesse envers l’Angleterre, lui reprochaient de ne savoir rien lui refuser.

Le cabinet du 1er mars refusa donc cette offre. Il déclara que, si on lui proposait des conditions raisonnables, il emploierait son influence pour les faire accepter du pacha, mais que si on proposait des conditions qui n’eussent aucune chance auprès de lui, qui le pousseraient au désespoir, qui le pousseraient à marcher sur Constantinople, à provoquer ainsi les Russes à y venir, il regarderait cela comme une folie, et qu’il y résisterait.

Cela se passait au mois de mai. La proposition de donner l’Égypte et une petite portion de la Syrie était donc repoussée ; mais lord Palmerston ne semblait pas en être à son dernier mot. Ce qui le prouve, c’est que l’Autriche fit à Londres quelques insinuations à la France, lui dit que peut-être on amènerait lord Palmerston à consentir à donner au pacha l’Égypte héréditairement, la Syrie entière viagèrement, moins Adana, Candie et les villes saintes, mais que cette concession serait la dernière. M. Guizot instruisit sur-le-champ le cabinet français de cette ouverture. Il fut répondu à M. Guizot de ne