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petite ville à cinquante lieues de Rome, on est bien légitimement fondé à croire que la peinture des anciens a été l’égale de leur sculpture et de leur architecture, et qu’ainsi ils ont porté ces trois grands arts à un point de perfection qui ne saurait être dépassé.

Quand il fit la découverte de cette mosaïque, M. Blanchi fut saisi d’une joie si vive, que, pendant plus d’un mois, il resta dans un véritable accès de folie. La population de Naples partagea son allégresse et son admiration. L’on allait par troupes, et comme en procession, visiter cette précieuse relique, maintenant bien abritée sous un toit et des vitrages que supportent les débris de l’antique maison romaine, et protégée ainsi contre les entreprises des voyageurs non moins que contre les injures du ciel. Elle est devenue, à Naples, un véritable objet de mode. On la grave, on la lithographie, on la reproduit, en proportions réduites, sur des plaques de porcelaine propres à être encadrées, sur des vases de terre cuite faits en imitation des vases étrusques ; on la brode sur des canevas, on l’imprime sur des étoffes. Puisqu’il est d’usage de faire mouler en plâtre, pour nos musées et nos écoles, les chefs-d’œuvre de la statuaire antique dont nous ne pouvons posséder les originaux, puisqu’on envoie copier les fresques de Michel-Ange et les tableaux de Raphaël, serait-il moins intéressant, moins utile pour l’histoire et les progrès de l’art, de faire aussi copier les principales fresques de Pompeï réunies au musée de Naples, et surtout la mosaïque dont je viens d’expliquer l’importance ? Ce ne serait pas un ouvrage fort difficile, et la réussite m’en paraît certaine, si l’artiste auquel on confierait un tel travail y mettait encore plus de conscience que de talent, s’il consentait à se faire l’humble et religieux traducteur des artistes romains. Je suis convaincu que les peintres et les archéologues trouveraient à consulter ces simples traductions un égal plaisir, une égale utilité, et le département des beaux-arts, qui met toute sa sollicitude, tout son orgueil à doter la France des richesses qu’elle peut acquérir, leur doit en quelque sorte la reproduction de ces curieux monumens. Le ministre qui enrichira nos collections d’une fidèle copie de la mosaïque et des meilleures fresques de Pompeï, qui permettra que la gravure et la lithographie les répandent ensuite et les popularisent, fera certes un précieux cadeau à tous les amis des beaux-arts et de l’antiquité.


LOUIS VIARDOT.