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petites, même celles où peut à peine passer un char à bœufs ont des trottoirs, au moins d’un côté. Dans la partie jusqu’à présent découverte, il n’y a nul emplacement assez vaste pour mériter le nom de place publique. Les carrefours, ou croisières de rues, étaient généralement ornés de fontaines, formées d’ordinaire par une espèce de masque de théâtre, dont la bouche béante versait l’eau dans une auge de pierre, où les passans la pouvaient puiser. C’est aussi dans les carrefours et leurs abords que se trouvaient les boutiques de marchands ; on les reconnaît sans peine à la vaste ouverture qu’elles ont sur la rue, fort différente des entrées de maisons particulières, et que fermaient des portes pliées en volets qu’on ajustait sur une rainure creusée dans la dalle. Au-dessus des boutiques étaient pratiqués, comme nous le voyons encore aujourd’hui dans nos villes, de petits entresols bas, qu’habitaient les marchands.

Quant aux maisons proprement dites, aux maisons des gens aisés, à celles que, dans nos usages, on pourrait appeler des hôtels, elles méritent une description spéciale, et cette tâche est d’autant plus facile, qu’elles se ressemblent toutes, plus encore que les maisons de Londres, dont l’uniformité pourtant est proverbiale. Les principales ont reçu des noms, qui servent à les désigner sur les plans, et à les reconnaître quand on visite la ville ; ce sont les maisons du Faune, de la Chasse, de la Fontaine, du Poète tragique, de l’Antre, du Centaure, de Méléagre, du Labyrinthe, d’Isis, de Salluste, de Championnet, etc., etc. Toutes ont une distribution, non pas analogue, mais parfaitement semblable. Voici donc de quoi se composait une maison romaine, au moins à Pompeï.

On y entre de la rue par un passage assez étroit, couvert, toujours un peu montueux, et d’ordinaire pavé d’une élégante mosaïque ; c’est dans ce passage qu’étaient placés les dieux lares, petites figurines nichées dans la muraille, comme une madone d’Italie, d’Espagne ou des Flandres. D’un côté, se trouvait la loge du portier ; de l’autre, une espèce de grenier aux provisions. Ce passage donne issue sur l’atrium, ou première cour intérieure, pavée de dalles, ayant à son centre l’impluvium, ou réservoir des eaux de pluie, et tout à l’entour un courant d’eau resserré dans une margelle en pierre. Sur les deux côtés de l’atrium, sont les chambres à coucher et les cabinets destinés au repos de la sieste, au travail des femmes, etc., vraies cellules de couvent, très petites, même dans les plus grandes maisons, et presque toujours ornées de peintures à fresques, remplaçant nos papiers de tenture. Au bout de l’atrium, en face de l’entrée, se trouve la salle