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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/631

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Le plus grand, le plus riche des temples de Pompeï, et qui en était certainement aussi le plus moderne, est celui que ses habitans élevèrent à Auguste, déifié, comme on sait, dans tout l’empire. Ce n’était pas assez que ce nouveau dieu eût un logis plus magnifique que les dieux anciens. On trouve encore, en avant du sanctuaire qu’occupait sa statue, douze piédestaux, d’égale grandeur et disposés en cercle, qui devaient porter (car on ne saurait leur assigner une autre destination) les images des douze grandes divinités de l’Olympe. Elles étaient là comme dans l’antichambre de César. La flatterie n’est peut être jamais allée plus loin ; mais cela prouve aussi en quel discrédit profond était déjà tombée, lorsque le christianisme naissait, la religion païenne.

Le forum de Pompeï, qui se trouve à quelques pas du temple d’Auguste, est très vaste pour une ville si petite, et d’une disposition fort commode. Il forme un carré long, entouré d’un portique couvert et pavé de larges dalles symétriquement rangées. C’est là que se traitaient les affaires du municipe, et que les Cicérons de l’endroit, du haut d’une tribune en pierres qui est restée debout, haranguaient le peuple et le sénat. Quand on a comparé l’amphithéâtre de Pompeï avec le Colysée, on peut juger, en voyant le forum de la bourgade, de ce qu’était ce forum romain, où furent tant de fois agitées les destinées du monde, et le reconstruire en quelque sorte par la pensée sur cet emplacement ignoble où les modernes Romains ont établi le marché aux bestiaux (il Campo vaccino). D’autres tribunes plus petites, mais peut-être plus bruyantes, s’élevaient autour du forum celles des écoles publiques, où des rhéteurs grecs et latins enseignaient la grammaire, la dialectique et l’éloquence. J’ai dit des tribunes, et non des chaires, parce qu’en effet les maîtres de ce temps ne professaient pas assis, mais debout, parlant à leurs élèves comme les orateurs au peuple, et ne se faisant pas faute, sans doute, de beaux mouvemens oratoires ou d’emportemens pédagogiques, car toutes les tribunes que j’ai visitées, quoique faites en pierre dure, sont profondément creusées par les pieds des Quintilien qui les occupèrent.

Tout près de là s’élève un autre édifice, presque aussi vaste que le forum et d’une disposition analogue, car il forme également un carré long entouré de portiques. Une inscription, tracée en belles lettres latines sur une plaque de marbre qui couronne la porte de cet édifice, indique qu’il fut fondé et donné à la ville de Pompeï par une certaine dame, nommée Eumachia, dont la statue, déposée