Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/629

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


petite ville, une vraie bourgade, où nous logerions à peine une sous-préfecture.

Pompeï avait en outre, pour les spectacles de nuit, deux théâtres, deux vrais théâtres semblables à ceux de nos villes modernes. Ils étaient d’inégale grandeur, et tout voisins l’un de l’autre. Peut-ête que, dans le plus grand, les Roscius de la bourgade jouaient les comédies de Plaute et de Térence, tandis que le plus petit était réservé aux jeux des Histrions, des funambules, des pantomimes, ou peut-être encore aux représentations des atellanes, de ces petites pièces bouffonnes qui avaient pris naissance dans la Campanie, et qui se récitaient dans la langue ou le patois des Osques. Le plus important avantage qu’avait le grand théâtre sur le petit, outre la dimension, c’est qu’il était entouré d’un portique couvert, qui servait de promenade et qui faisait probablement l’office de nos foyers. C’était une idée heureuse, surtout dans l’emplacement qu’occupait la ville, et spécialement le théâtre. Par une belle nuit de la Campanie, on devait trouver un divertissement non moins doux que celui qu’offrait l’intérieur de la salle, à se promener sous ce portique, dont l’une des trois faces regardait le Vésuve, noir et gigantesque après le coucher du soleil ; une autre, la charmante chaîne de montagnes au pied desquelles sont maintenant Castellamare et Sorrento ; et la principale, ce golfe tranquille et délicieux dont les rocs de Capri terminent l’horizon.

Du reste, les deux théâtres avaient une disposition exactement semblable. Tous deux formaient un demi-cercle parfait, coupé par la scène en ligne droite, et la scène, peu profonde, ayant à peine dix à douze pas de développement, était terminée, de face et des côtés, par un mur percé de trois portes dans le fond, et d’une sur chaque flanc. Aux trois portes de face se plaçaient les décorations que nous nommons aujourd’hui toiles de fond ou rideaux ; aux portes de côté, les châssis. A partir de la scène, élevée de quelques pieds au-dessus des places les plus basses de l’amphithéâtre, se présentaient, à droite et à gauche, les loges réservées aux magistrats, justement à la place qu’occupent dans nos salles les loges du roi, du ministre ou des riches banquiers. Venaient ensuite les gradins circulaires. Ceux du bas, formés de larges dalles, appartenaient aux citoyens qui possédaient le privilège très recherché de porter au spectacle une chaise, ou plutôt un pliant sans dossier ; les autres, jusqu’au faite de l’amphithéâtre, beaucoup plus étroits et construits en simples briques, étaient réservés au reste des habitans, à la plèbe, qui s’y entassait pêle-mêle,