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durci de lave de soixante pieds d’épaisseur. L’ancienne Pompeïa, au contraire, n’est recouverte que par une couche de cendres et de terre qui n’a pas plus de quinze à vingt pieds, et qui n’offre à la pioche aucune résistance. Ce fut donc sur Pompeï que se tournèrent tous les efforts. Mais les premières fouilles furent mal dirigées et mal faites. Quand on creusait dans un endroit, on jetait les déblais à droite et à gauche, de façon que, pour découvrir une maison, l’on en couvrait d’autres à côté. Ce furent les Français, pendant l’occupation de Naples, qui donnèrent aux fouilles une direction intelligente et sûre du succès. Avant tout, ils cherchèrent et marquèrent les murs de la ville, et, l’enceinte une fois bien déterminée, ils firent porter tous les déblais au dehors sur des terrains sans valeur. Ensuite, au lieu de piocher de côté et d’autre, et tout-à-fait au hasard, ils suivirent, dans le travail des fouilles, les rues qui se rencontraient successivement, de manière à pouvoir avec certitude achever, dans un temps suffisant, l’ouvrage de l’exhumation de la ville entière. M. Bianchi a suivi ces sages erremens avec persévérance et habileté ; par ses soins, dans deux ou trois mois, le percement de la rue dite de la Fortuna sera terminé complètement, et le visiteur pourra traverser Pompeï depuis la porte des Tombeaux jusqu’à celle qui n’est encore ni trouvée ni nommée, non pas à pied, non pas en litière comme un patricien romain, mais dans un bon carrosse moderne, en suivant les ornières tracées sur les dalles des rues par les chars des anciens habitans.

Au sortir de Portici, on arrive à Pompeï par une plaine fertile, bien cultivée, qui n’indique aucun désastre, aucune catastrophe ; car, sur toute la couche qui recouvre et enferme les débris de cette ville, s’étendent de beaux champs de blé et de maïs traversés par des allées d’oliviers où pendent, d’un arbre à l’autre, des festons de pampres et de raisins. Le premier édifice, si l’on peut employer ce mot, que rencontre le voyageur en arrivant à Pompeï, c’est l’amphithéâtre, ou local destiné aux spectacles en plein air, les combats de gladiateurs, les chasses, les naumachies, etc. Cet amphithéâtre n’est ni vaste ni riche. Pouvant tout au plus contenir douze à quinze mille personnes, il est simplement creusé dans la terre, et ses gradins de pierre sont appuyés sur un talus de gazon. Quand on a vu le Colysée de Rome, ce gigantesque monument où cent mille spectateurs, introduits par d’innombrables vomitoires, pouvaient s’asseoir autour de l’arène sur des gradins adossés à quatre étages de portiques, on comprend, à l’aspect de son humble amphithéâtre, que Pompeï n’était qu’une