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silence aux cieux ; silence à l’ame elle-même, à la pensée de la vie, aux songes de la nuit et aux illusions du jour ; que toute langue se taise, que tout signe s’efface, que tout ce qui est du temps et de la minute s’évanouisse ! À quoi bon le cri perpétuel que cet univers jette à la gloire du créateur ? c’est Dieu, c’est l’Éternel qui nous a créés ! Non, je ne veux entendre que la voix de Dieu ; que Dieu parle, qu’il parle seul dans le silence universel, non avec les langues périssables de la chair, ou la voix harmonieuse des anges, ou le bruit des vents, ou l’emblème des symboles divins ; c’est lui seul que je veux entendre, et à sa voix nos ames s’élèveront, et nos pensées iront se confondre dans l’éternité de la sagesse divine ; ineffables momens d’extase pendant lesquels disparaissent les visions subalternes des hommes, et où l’ame se perd dans la joie d’une unique et immense idée ; merveilleux instans de lumière et d’intelligence que Dieu accorde à nos soupirs, brillante et sainte image de l’éternelle béatitude ! car c’est vraiment là reposer dans la joie du Seigneur ; mais que ce repos est court, ô mon Dieu ! jusqu’au jour qu’il vous plaira de l’éterniser ! »

Après ces heures d’extase, la vie d’ici-bas doit paraître petite et mesquine. Aussi Monique disait à son fils : Je n’ai plus rien à faire en ce monde ! et quelques jours après elle mourut. Saint Augustin n’eut guère à s’étonner de cette mort : les pensées de l’hymne mystique que sa mère avait soupiré avec lui n’étaient déjà plus des pensées de la terre.

Saint-Marc Girardin.