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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/586

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déployait en l’agitant un étendard de pourpre sur lequel brillaient sous le soleil ces mots brodés en or :

AL NOME
DEL CAVALIER GIO. BATTISTA MARINO [1],
MARE
D’INCOMPARABILE DOTTRINA,
DI FECONDA ELOQUENZA,
DI FACONDA ERUDIZIONE,

ANIMA DELLA POESIA, SPIRITO DELLE CETRE,
NORMA DE’ POETI, SCOPO DELLE PENNE,
MATERIA DEGLI INCHIOSTRI,
FACONDISSIMO, FECONDISSIMO,
TESORO DI PREZIOSI CONCETTI,
MINIERA DI PEREGRINE INVENZIONI,
FELICE FENICE DE’ LETTERATI,
MIRACOLO DEGL’ INGEGNI, STUPORE DELLE MUSE,
DECORO DEL LAURO, GLORIA DI NAPOLI,
DEGLI OZIOSI CIGNI PRENCIPE MERITISSIMO,
DELL’ ITALICHE MUSE APOLLO NON FAVOLOSO,
DALLA CUI GLORIOSA PENNA
IL POEMA RICEVE I PROPRII FREGI,
L’ORAZIONE I NATURALI COLORI,
IL VERSO LA VERA ARMONIA,
LA PROSA IL PERFETTO ARTIFIZIO,
AMMIRATO DA’ DOTTI, HONORATO DA’ REGI,
ACCLAMATO DAL MONDO,
CELEBRATO DALL’ ISTESSA INVIDIA,
QUESTI POCHI INCHIOSTRI, PICCIOLO TRIBUTO DI POVERO RIVOLO DONATO FACIUTI
DEBITAMENTE DONA E MERITAMENTE

CONSECRA [2].


Le seigneur Faciuti (le petit ruisseau) secouait lui-même ce glorieux étendard, et toute la population napolitaine, ivre d’enthousiasme, criait : Evviva !

L’Italie et l’Europe partageaient son avis. On croyait, à Paris comme

  1. Et non Marini. Cette transformation du nom propre de Marino est répétée par tous les biographes et les critiques modernes qui se sont occupés de lui, fort légèrement il est vrai. Marino, en se donnant la finale i, confondait ainsi sa famille roturière avec les familles nobles, qui seules avaient le droit de prendre cette terminaison collective.
  2. « Au nom du cavalier Jean-Baptiste Marino, mer d’incomparable doctrine, de féconde éloquence, de faconde érudite, ame de la poésie, esprit des lyres, règle des poètes, but des plumes, matière des écritoires ; très facond, très fécond, trésor de précieuses conceptions, mine d’étrangères inventions ; heureux phénix des gens de lettres, miracle des génies, stupeur des muses, honneur du laurier ; gloire de Naples, prince très digne des cygnes oisifs, Apollon non fabuleux des muses italiennes ; dont la plume glorieuse donne au poème sa vraie valeur, au discours ses couleurs naturelles, au vers son harmonie véritable, à la prose son artifice parfait ; admiré des doctes, honoré des rois, objet des acclamations du monde, célébré par l’envie elle-même ; ce peu de lignes, tribut d’un petit ruisseau, est dédié et consacré, etc. »