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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/578

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se rapporte d’une manière directe au voyage de l’Artémise, nous en parlerons avec quelques détails.

Depuis long-temps la Société des Missions de Paris, et surtout la maison de Picpus, voyaient avec douleur la propagande protestante s’étendre sur l’Océanie, sans que la prédication orthodoxe s’y fût assuré la moindre conquête. Un préfet apostolique, M. de Pompallier, et divers vicaires, parmi lesquels figuraient MM. Caret et Laval, furent dirigés vers ces contrées lointaines, afin d’y poursuivre une première et dangereuse tentative. Un navire déposa en passant ces deux missionnaires sur les îles Gambier, groupe encore sauvage, et sur lequel n’existe aucun établissement européen. Qu’on juge du danger que coururent ces prêtres au milieu de peuples idolâtres et fanatiques. Durant quatre longs mois, leur vie fut constamment en danger ; mais leur patience, leur douceur, le soin qu’ils prenaient des enfans, des malades, des vieillards, finirent par adoucir ces natures farouches. Les apôtres creusaient des puits et cherchaient à se rendre utiles, gravaient des croix sur les troncs d’arbres, composaient des alphabets manuscrits, expliquaient le mystère de la trinité à l’aide d’une feuille de trèfle, baptisaient quelques naturels plus dociles que les autres, construisaient une chapelle dont le mur était en roseaux et le toit en feuilles de palmier. Ces premiers succès furent bientôt suivis de conquêtes plus importantes. Les chefs des quatre îles se convertirent successivement, et le plus important de tous, celui que les missionnaires nomment le roi, abattit de ses propres mains et brûla les dernières idoles. Lorsque M. de Pompallier visita, en 1837, le groupe de Gambier, il n’y trouva que des catholiques.

Cependant, vers 1836, deux membres de cette mission avaient pris terre à Pape-Iti. A peine le bruit s’en fut-il répandu sur la plage, que l’église luthérienne trembla pour ses ouailles. Si au schisme des mamaïas se joignait la concurrence catholique, c’en était fait de son autorité. Elle comprit qu’il fallait agir. Procédant d’une manière indirecte, elle ameuta contre les nouveaux venus la population de Taïti, et excita une espèce d’émeute dont ils faillirent tomber victimes. M. Moërenhout, alors chargé d’affaires des États-Unis, intervint à temps et les sauva. Mais le chef de la mission anglicane, Pritchard, n’était pas homme à s’arrêter à mi-chemin. Cumulant les fonctions de ministre du culte et celles d’agent commercial, il réunit les hommes dévoués de sa double clientelle, fit entourer la maison dans laquelle se trouvaient les prêtres français, les en arracha après avoir