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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/549

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les chefs du parti, et les exaltés n’ont guère lieu d’en être satisfaits. Dans les jours qui ont suivi le départ des ministres, l’ayuntamiento a voulu continuer ses démonstrations désordonnées ; des rixes et des assassinats ont eu lieu. Espartero a retrouvé alors cette énergie du devoir qui lui avait si complètement manqué au commencement de la crise ; il a mis la ville en état de siège, et l’ordre s’est rétabli.

Maintenant, que va faire Espartero ? Il s’est laissé entraîner à désirer l’autorité suprême ; il l’a. Il n’a seulement pas voulu la partager avec la reine, qui lui en offrait la moitié. Essaiera-t-il de revenir aux modérés qu’il a abandonnés ? Persistera-t-il à servir les exaltés dont il commence à s’effrayer ? Voudra-t-il enfin constituer un gouvernement qui ne s’appuie ni sur les modérés ni sur les exaltés ? De tous les côtés, il trouvera de grands embarras. Il est bien fortement engagé avec les uns et bien profondément brouillé avec les autres. La tactique des exaltés est facile à prévoir. Ils vont lui offrir la régence ; l’acceptera-t-il ? Voudra-t-il détrôner la reine Christine et porter les mains sur la couronne après l’avoir défendue ? Dans tous les cas, il ne doit plus prétendre à conserver auprès du pouvoir son rôle de surveillant inquiet et hautain ; il faut qu’il gouverne à son tour, qu’il prenne en main les rênes de cette révolution espagnole qui a jusqu’ici culbuté tous ceux qui ont voulu la conduire. Sera-t-il plus heureux et plus habile que les autres ? C’est ce que nous verrons. Il s’est mis dans cette situation par entraînement, par faiblesse de caractère, presque sans s’en douter ; saura-t-il mieux désormais ce qu’il fera ?

Son état-major rêve probablement pour lui le destin de Napoléon. Est-il donc à la hauteur d’un si grand avenir ? Un des hommes d’état les plus éminens de l’Espagne a dit : On a joué en France, il y a cinquante ans, un drame appelé la révolution française ; nous l’avons traduit, et nous en avons fait une comédie espagnole. Ce mot, si juste sous tant de rapports, ne pourrait-il pas s’appliquer aussi à Espartero ? Et ne serait-il pas un peu un Napoléon de comédie ?

Sa conduite, dans ces derniers évènemens, a été d’autant plus coupable, qu’il avait devant lui une carrière toute tracée, et qui certes aurait pu suffire à son ambition. Tout n’est pas dit en Espagne après l’extinction de la guerre civile, et il reste beaucoup à faire dans ce pays, depuis si long-temps désolé. Espartero s’est imaginé sans doute que l’armée allait être licenciée, si l’état-major ne s’emparait pas avec elle du pouvoir souverain ; mais l’armée est bien loin d’être devenue inutile depuis que la guerre est finie. Il manque à l’Espagne un gouvernement qui ne soit pas à la merci d’une émeute ; il lui