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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/521

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ESPARTERO




Les destinées de l’Espagne sont en ce moment à la merci d’un homme. La puissante monarchie de Philippe II, travaillée depuis près d’un siècle par les idées qu’elle était si long-temps parvenue à écarter, est arrivée à cette période bien connue des pays en révolution, où l’ancienne société étant détruite sans que la nouvelle soit formée, la force seule peut mettre un peu d’ordre matériel dans la confusion des principes, des lois, des partis et des mœurs. Un soldat de fortune est maintenant en Espagne investi de cette terrible puissance du sabre ; de l’usage qu’il en fera dépend l’avenir de son pays. En le voyant à cette hauteur critique où chacune de ses volontés est attendue par tout un peuple et doit laisser une forte trace dans l’histoire, on éprouve naturellement le besoin de se demander qui il est, d’où il vient, et quelles lumières peuvent donner ses antécédens sur la direction qu’il va prendre.

Don Baldomero Espartero, comte de Luchana, duc de la Victoire, duc de Morella, grand d’Espagne de première classe, capitaine-général d’armée [1], généralissime des armées espagnoles, commandant de la garde royale extérieure [2], chevalier de la Toison-d’Or, grand’

  1. Ce qui équivaut à la dignité de maréchal en France.
  2. Il y a en Espagne deux gardes royales, la garde royale extérieure, qui fait partie de l’armée, et l’intérieure, qui est plus spécialement chargée de la garde de la personne du souverain.