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pour l’Europe, devait pouvoir dire à cette Europe, dont l’appui moral lui est nécessaire, même pendant la guerre, la France devait pouvoir lui dire, et lui prouver qu’elle n’avait pas tort.

Nous croyons qu’elle a raison aujourd’hui ; nous croyons que la question, bien jugée, lui vaudra l’approbation universelle.

La question d’Orient était l’écueil le plus redoutable pour l’alliance anglaise ; car en Orient l’Angleterre, se trompant sur ses intérêts fondamentaux, pouvait céder à des ombrages irréfléchis contre la France. Ces ombrages, c’est l’Égypte qui allait les exciter. L’Angleterre veut pouvoir remonter l’Euphrate et la mer Rouge pour mettre en communication l’Inde avec la Méditerranée et l’Europe. Rien n’est plus naturel. Méhémet-Ali, qui repousserait des établissemens fixes et armés sur son territoire, ne s’est jamais refusé à laisser établir dans ses états des communications faciles, régulières ; il y a même le plus grand intérêt. La France ne s’y est jamais opposée : elle livrerait des combats acharnés pour que l’Égypte ne fût pas anglaise ; mais elle ne s’opposera jamais à ce que l’Égypte soit traversée par le commerce du monde.

C’est ailleurs que l’Angleterre devrait voir ses dangers. Ils sont à Hérat, à Khiva, à Ispahan. La Russie lui fait là une guerre acharnée d’influence, et prochainement peut-être une guerre d’une autre espèce ; elle la menace surtout à Constantinople d’un coup irréparable. C’est là ce qu’il fallait toujours faire sentir à l’Angleterre dès l’origine, avant que les amours-propres fussent engagés dans une voie fatale et dangereuse.

A l’origine de la question d’Orient, on s’est trompé dans les chambres françaises, autant au moins que dans les conseils du gouvernement, sur la marche à suivre. Avant toujours peur de la guerre, on a songé à faire aboutir la question à des conférences, dans lesquelles le protectorat exclusif de la Russie serait annulé au moyen d’un protectorat plus général, celui des cinq puissances. On courait là un vrai danger, celui de se quereller en conférant, et en se querellant la chance la plus certaine, c’était que l’Angleterre et la France se querelleraient entre elles, parce que la question égyptienne devait se retrouver à tout instant sous la question turque, et Alexandrie derrière Constantinople.

La peur d’agir a donc fait rechercher des conférences où la vraie question, celle de Constantinople, qui aurait toujours rallié la France et l’Angleterre, a disparu devant celle d’Alexandrie, qui devait les diviser. Si, dès l’origine, on avait armé une flotte, demandé à l’Angleterre d’en armer une, et qu’on lui eût proposé de les réunir aux