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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/474

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UNE


SOIREE PERDUE.




J’étais seul, l’autre soir, au Théâtre-Français,
Ou presque seul ; — l’auteur n’avait pas grand succès ;
Ce n’était que Molière, et nous savons de reste
Que ce grand maladroit qui fit un jour Alceste
Ignora le bel art de chatouiller l’esprit,
Et de servir à point un dénouement bien cuit.
Grace à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode,
Où l’intrigue, enlacée et roulée en feston,
Tourne comme un rébus autour d’un mirliton.

J’écoutais cependant cette simple harmonie,
Et comme le bon sens fait parler le génie.
J’admirais quel amour pour l’âpre vérité
Eut cet homme, si fier en sa naïveté ;
Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde,
Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde
Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer !
Et je me demandais : Est-ce assez d’admirer ?