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déguisé en médecin et sous l’énorme perruque qui était alors de rigueur ; il avait besoin de se dire, pour se justifier à lui-même ce déguisement, qu’il était bien médecin en effet. On le tint quelque temps caché à Méru, dans la terre de la princesse. Est-ce trop raffiner que de croire que ces mystères, ces précautions infinies et concertées en vue de la pénitence, étaient pour Mme de Longueville comme un dernier attrait d’imagination romanesque à l’entrée de la voie sévère ?

On possède son examen de conscience écrit par elle-même après la confession générale qu’elle fit à M. Singlin, le 24 novembre 1661. C’est un morceau à rapprocher de cette autre confession de la princesse Palatine, écrite par celle-ci sur le conseil de l’abbé de Rancé, et si magnifiquement paraphrasée par Bossuet. Il les faut lire sans superbe et d’un cœur simple : il n’y a, dans ces morceaux en eux-mêmes, rien d’agréable ni de flatteur.

Mais, à ne voir encore qu’humainement et au seul point de vue d’observation psychologique, de telles pièces méritent tout regard (respectus). Si elles nous détaillent le cœur humain dans sa plus menue petitesse, c’est que cette petitesse en est le fond ordinaire, définitif ; elles le vont ainsi poursuivre et démontrer petit à tous les degrés de sa profondeur.

Mme de Longueville considère ce renouvellement comme étant pour elle le premier pas d’une vie vraiment pénitente :

« Il y avoit long-temps que je cherchois (ce me semblait) la voie qui mène à la vie, mais je croyois toujours de n’y être pas, sans savoir pourtant précisément ce qui était mon obstacle ; je sentois qu’il y en avoit entre Dieu et moi, mais je ne le connaissois pas, et proprement je me sentois comme n’étant pas à ma place ; et j’avois une certaine inquiétude d’y être, sans pourtant savoir où elle étoit, ni par où il la falloit chercher. Il me semble, au contraire, depuis que je me suis mise sous la conduite de M. Singlin, que je suis proprement à cette place que je cherchois, c’est-à-dire à la vraie entrée du chemin de la vie chrétienne, à l’entour duquel j’ai été jusques ici [1]. »

  1. Supplément au Nécrologe de Port-Royal, in-4° pag. 137 et suiv. — On peut remarquer dans cet examen de la duchesse de Longueville, et en général dans toutes ses lettres manuscrites dont j’ai vu une quantité, un style suranné, et bien moins élégant qu’on n’attendrait, beaucoup moins vif et précis, par exemple, que celui des divines lettres et réflexions de Mme de La Vallière, publiées en un volume par Mme de Genlis. C’est qu’il y a vingt-cinq ans de différence dans l’âge de ces deux illustres personnes ; Mme de La Vallière est une contemporaine exacte de La Bruyère, presque de Fénelon ; Mme de Longueville était formée entièrement avant Louis XIV. Mais qu’on aille au fond et au bout de ces longueurs de phrases, la finesse se retrouvera.