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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/428

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et, n’en doutez pas, le savant secrétaire perpétuel saura dignement remplir cette tâche. Je me bornerai à vous exposer succinctement deux idées fondamentales, que M. Poisson a présentées dans sa Théorie de la chaleur, afin que vous puissiez vous convaincre que chez lui la physique n’était pas seulement une occasion d’appliquer l’analyse, mais qu’il savait étudier aussi les propriétés générales des corps et la constitution de l’univers.

Fourier, qui a créé la théorie mathématique de la chaleur, avait adopté une hypothèse fort ancienne, d’après laquelle l’accroissement graduel de la température que l’on observe dans les couches superficielles de notre globe à mesure que l’on s’approche du centre, irait toujours en augmentant, de manière que l’intérieur de la terre devrait se trouver à une température extrêmement élevée, température qui dépendrait de l’état primitif du globe et du temps qui s’est écoulé depuis sa formation. Cette hypothèse a servi à plusieurs savans pour tâcher d’expliquer les phénomènes géologiques les plus remarquables. Les personnes qui l’adoptent doivent nécessairement supposer que le globe se trouve menacé d’un refroidissement graduel, qui finira par détruire tous les corps organisés. M. Poisson, qui avait si bien réussi à démontrer la périodicité de certains changemens dans le système du monde, pensa que sous le rapport calorifique aussi les variations devaient être périodiques. A cet effet, partant de la supposition adoptée par M. Herschell que le soleil se meut dans l’espace, traînant avec lui notre système planétaire, M. Poisson a remarqué avec beaucoup de raison que tous les points de l’espace ne sauraient avoir une température uniforme, car cette température dépend de la quantité de rayons calorifiques que chaque astre envoie au point que l’on considère, et de la direction de ces rayons, ainsi que de la température et de la distance des points dont ils émanent. Il est donc évident qu’elle ne peut pas être la même dans tous les points de l’espace. De cette remarque, M. Poisson déduit la conséquence que si le soleil se meut avec le système planétaire, la terre doit traverser successivement des régions différemment échauffées, de manière à avoir, pour ainsi dire, des étés très longs et des hivers interminables. Les conséquences de cette hypothèse, que M. Poisson s’est efforcé d’appuyer sur le raisonnement, et qui ne peut être vérifiée que par de nombreuses observations, seraient très importantes pour la physique terrestre et pour la géologie ; car la terre se refroidissant ou se réchauffant ainsi par le dehors, ce ne serait plus que dans les couches superficielles que des changemens considérables de température