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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/424

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cette découverte pouvait faire supposer que, par une diminution continuelle de l’angle qu’ils font entre eux, le plan de l’écliptique et celui de l’équateur finiraient par se confondre, et qu’une telle coïncidence amènerait alors un changement notable dans les climats et un printemps perpétuel. L’observation ne pouvait rien faire prévoir dans des mouvemens aussi lents, mais la théorie a résolu ce problème, et vous savez qu’Euler a démontré que la variation de cette inclinaison est renfermée dans des limites fort restreintes, et que par conséquent son influence sur les saisons et sur les conditions physiques du globe ne peut être considérable. Cet important résultat se serait fait attendre long-temps, s’il avait dû être le fruit de l’observation ; car le commencement de la période est antérieur aux temps historiques, et il se passera encore plusieurs siècles avant que l’inclinaison de l’écliptique, qui depuis long-temps diminue, commence à augmenter. Parmi les inégalités séculaires, il en est d’autres qui méritent encore plus l’attention du philosophe, car elles touchent essentiellement à la stabilité de notre système planétaire. Rien n’est plus important en effet que de rechercher si le monde renferme en lui-même des causes permanentes de dissolution, si, en d’autres termes, la terre et les planètes sont destinées à périr par des raisons mécaniques, ainsi que le genre humain et tous les êtres qu’elles renferment, ou bien si notre système planétaire n’éprouve que des changemens périodiques, et si les forces dont il est animé lui assurent une durée indéfinie. Les altérations que subissent les mouvemens des planètes et des satellites sont une conséquence nécessaire des actions réciproques que les astres exercent les uns sur les autres en vertu de la gravitation universelle. Si les effets de ces actions se modifiaient toujours, si le mouvement des planètes et les dimensions de leurs orbites variaient continuellement sans que ces variations fussent soumises à aucune période, notre monde serait menacé d’une dissolution inévitable, à moins que de temps en temps ce grand mécanisme ne fut remonté. Newton, qui avait compris toute la gravité d’une telle question, ne croyait pas que l’univers se trouvât dans les conditions d’une conservation indéfinie, et il avait dit qu’il fallait de loin en loin la main de Dieu pour arranger ce qui était dérangé.

Cette nécessité de l’intervention de Dieu, que Newton avait admise, a été écartée par les travaux de ses successeurs. C’est surtout à Euler, à Lagrange et à Laplace, que l’on doit la résolution de ce magnifique problème où l’immortalité du genre humain et l’éternité de l’univers étaient en question. Ces illustres géomètres ont voulu démontrer