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disparussent sans retour. Il refusa formellement d’entrer dans le plan d’arrangement des affaires d’Orient, apporté à Londres par M. de Brunow. Ce plan n’avait point à ses yeux le caractère de sagesse et de haute impartialité qui convient à un système de véritable pacification ; il le blâmait hautement comme un contrat passé entre deux puissances ambitieuses, qui ne s’accordaient qu’en se sacrifiant mutuellement l’Égypte et la Turquie. Il s’affligeait sérieusement des tendances de lord Palmerston à se séparer du cabinet de Paris dans la question d’Orient, convaincu que l’alliance de la France et de l’Angleterre était la plus solide garantie de la conservation de l’empire ottoman et de la paix générale.

Les dispositions amicales de Frédéric-Guillaume envers notre gouvernement se sont particulièrement manifestées dans l’accueil qu’il fit à Berlin, en 1836, aux princes français, et dans la négociation du mariage du duc d’Orléans. Il reçut ces princes avec une bonté infinie dégagée de toutes les froideurs de l’étiquette. Il les combla, lui et toute sa famille, d’attentions si empressées, si délicates, qu’il était impossible de n’y pas voir un dessein arrêté d’être agréable à la France. On sait la sensation profonde produite à Berlin par la présence des deux princes. Aux transports avec lesquels la population entière les applaudit, il était visible qu’elle saluait en eux, non pas seulement les fils du roi des Français, mais les jeunes et brillans représentans de la révolution de juillet.

On assure que les penchans militaires du duc d’Orléans effrayaient un peu l’esprit pacifique du roi de Prusse, et qu’il disait souvent, sans doute avec le désir secret qu’une telle parole fût comprise aux Tuileries : Il faut marier ce jeune homme de bonne heure. Il avait pensé d’abord que les vues de la famille royale se portaient sur une archiduchesse d’Autriche ; mais le chef du cabinet français, c’était alors M. Thiers, ayant autorisé M. Bresson à déclarer que le prince n’était point limité dans le choix de son épouse à la maison de Lorraine, et qu’il mettait les convenances personnelles bien au-dessus de celles de la naissance, Frédéric-Guillaume fit savoir à Paris que si le duc d’Orléans consentait à recevoir une épouse de sa main, il avait à lui offrir une princesse accomplie. Cette princesse était la jeune duchesse Hélène de Mecklenbourg. La proposition toucha profondément la famille royale de France ; elle fut acceptée, et Frédéric-Guillaume se chargea, avec une prédilection toute paternelle, de la négociation du mariage. Cette alliance rencontrait quelques oppositions dans le sein de la famille de Mecklenbourg ; il réussit à les vaincre, et le