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formée pour organiser d’abord des états provinciaux, et bientôt après une assemblée centrale des représentans de tout le royaume. Deux années s’écoulèrent avant que cette commission fût nommée, et à la lenteur de ses travaux il était visible qu’il entrait dans les calculs du gouvernement prussien de ne point accorder les institutions qu’il avait promises.

Cependant les populations s’irritaient des lenteurs du roi à s’acquitter de sa parole ; elles croyaient avoir acheté de leur sang, dans les champs de Lutzen et de Leipsick, l’indépendance de l’Allemagne et la liberté politique. Une partie des princes de la confédération, les rois de Bavière, de Wurtemberg et de Saxe, les ducs de Saxe-Weimar et de Bade, fidèles à leurs engagemens, avaient accordé à leurs peuples des constitutions. Le contraste de cette conduite avec celle de Frédéric-Guillaume ajoutait encore, en Prusse, à l’irritation de l’opinion. Exaltée par d’audacieux novateurs, enivrée de ses exploits militaires, la jeunesse des universités s’agitait, complotait et s’affiliait à de nouvelles sociétés secrètes. Au Tugend-Bund, créé en haine de l’étranger, avaient succédé le Burschenschafft et l’Arminia, dirigés contre les gouvernemens établis. Dans les transports de leur exaltation, d’ardens sectaires se portèrent à d’affreux excès. Kotzebue, écrivain aux gages dé la Russie, fut désigné comme la première victime qu’il fallait immoler : Sand, son assassin, appartenait à l’université d’Iéna.

Tout ce qui sortait d’une certaine mesure troublait l’esprit de Frédéric-Guillaume. A la vue de ce débordement de passions déchaînées contre son gouvernement, accusé publiquement de mauvaise foi et de trahison, en butte à des conspirations qui menaçaient son trône et sa vie, ce prince mit de côté toute pensée de rivalité, et, se jetant sans réserve dans les bras de l’Autriche, lui offrit de la seconder dans toutes les mesures qu’elle croirait devoir adopter pour combattre et réprimer les nouveaux sectaires. Les deux puissances, en se réunissant, parvinrent bientôt à dominer toute la confédération. Les mesures répressives arrêtées dans le congrès allemand de Carlsbad en 1819, dans les conférences de Vienne en 1820, et transformées ensuite à Francfort en résolutions diétales, enchaînèrent enfin l’esprit de révolution, amenèrent la dissolution de la plupart des sociétés secrètes, et rendirent le repos à l’Allemagne. Malheureusement, les droits des peuples et des souverains en reçurent de graves atteintes. L’indépendance des états secondaires a été étouffée en 1819 et 1820 par l’omnipotence des volontés de l’Autriche et de