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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/395

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France. Sa conduite, en 1809, est donc exempte de tout reproche. La victoire remportée par Napoléon à Wagram, suivie bientôt de l’armistice de Znaïm et de la paix de Vienne (14 octobre 1809), explique et justifie sa neutralité.

Après la guerre d’Autriche, l’empereur Napoléon commença à se relâcher de ses exigences envers la Prusse. Il diminua sa contribution de guerre et consentit à ce que le roi replaçât à la tête de son gouvernement le baron de Hardenberg. Ce ministre, non moins énergique, mais d’une habileté plus pratique que le baron de Stein, poursuivit l’œuvre des réformes que celui-ci avait commencée. Aux taxes partielles et inégales, il substitua une taxe uniforme et proportionnelle qui pesa sur tout le royaume sans distinction de classes. La noblesse, qui avait été jusqu’alors exempte d’impôts, murmura et voulut résister ; mais on la laissa crier, et elle se soumit. Les corporations et les monopoles furent abolis ; les villes et les villages furent délivrés de toutes les entraves qui gênaient autrefois le libre exercice de leur industrie, et chaque citoyen eut le droit de se livrer à toute espèce de commerce et de fabrication.

Par ces sages mesures, le roi acquérait chaque jour de nouveaux titres à l’amour de son peuple, et enlevait aux démagogues tout prétexte pour déchaîner les masses contre l’autorité. Le crédit se raffermissait, et le pays attendait avec une résignation triste mais calme les évènemens qui devaient fixer définitivement son sort.

Accablé de malheurs politiques, Frédéric-Guillaume se vit frappé encore dans les plus chères affections de son cœur. La reine, objet de son culte, lui fut enlevée pendant un court voyage qu’elle était allée faire au milieu de sa famille, dans le Mecklenbourg. Elle avait une beauté remarquable, une grace incomparable, et un désir de plaire poussé quelquefois jusqu’à la coquetterie, qui lui donnait une séduction irrésistible. La nation aimait en elle ses qualités personnelles et peut-être plus encore cette fougue présomptueuse avec laquelle elle avait osé braver, en 1806, le chef de la France. Le spectacle des désastres de son pays, désastres dont elle était un des auteurs, l’avait navrée de chagrins et abrégea ses jours. Sa mort causa en Prusse un deuil universel : le roi en fut long-temps inconsolable ; rien ne put combler le vide que fit cette perte cruelle dans son intimité, et depuis aucune femme n’a occupé dans son cœur et dans sa vie la place de la belle reine Louise.

L’empereur Napoléon et l’empereur Alexandre s’étaient partagé à Tilsitt la domination du continent. Leurs pouvoirs se faisaient en