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expressives d’égards et d’amitié, à effacer les traces de ses dernières offenses. En lui annonçant la dissolution de l’empire germanique et l’établissement de la confédération du Rhin, il offrit au roi de rallier autour de lui tous les états qui se trouveraient placés dans sa sphère d’action, et d’en composer une nouvelle fédération dont il serait le chef (22 juillet). Il alla même jusqu’à lui proposer de faire entrer dans sa maison la couronne impériale. Des négociations très actives étaient alors ouvertes entre la France et l’Angleterre. M. de Laforêt, notre ministre à Berlin, eut ordre de confier au cabinet prussien que probablement ces négociations seraient rompues ; que l’Angleterre proposait, comme condition sine quâ non, la restitution du Hanovre ; que l’empereur n’y consentirait jamais ; que ce n’était que par une guerre vigoureuse que l’Angleterre pouvait être amenée à faire des propositions plus raisonnables ; que la Prusse devait donc s’y préparer avec activité et énergie, et, dans ce but, concerter ses opérations avec la France.

Ces procédés bienveillans comblèrent de joie Frédéric-Guillaume. Il se crut sauvé, et, dans l’élan de sa joie, il exprima sa gratitude en termes trop vifs peut-être. Il s’occupa sans délai d’organiser en fédération tout le nord de l’Allemagne, et proposa à tous les princes de la maison de Saxe, à la Hesse, au Mecklenbourg, au Danemark lui-même, d’en faire partie. La confiance semblait rétablie entre la Prusse et la France, lorsque l’ardeur de la première pour la confédération du nord se refroidit tout à coup. Pressée de s’expliquer sur les mesures qu’elle devait prendre contre l’Angleterre, elle eut recours à des expédiens dilatoires. Il était visible que le roi reculait encore, et que, soit par crainte de se mettre en guerre ouverte avec l’Angleterre et la Russie, soit qu’il eût pris des engagemens secrets avec l’empereur Alexandre, il avait le dessein de se soustraire aux obligations du traité du 15 février. De toutes parts s’élevaient des voix accusatrices qui lui reprochaient la prise de possession du Hanovre comme un acte de lâcheté et de cupidité, son alliance avec la France comme l’indice qu’il était d’accord avec Napoléon pour démolir pièce à pièce avec lui tous les trônes de l’Europe. L’Angleterre ne se bornait pas à des plaintes. Aussitôt qu’elle avait connu l’adhésion de la Prusse au traité du 15 février et l’entrée de ses troupes dans l’électorat, elle lui avait déclaré la guerre ; elle avait mis l’embargo sur ses navires et jeté la perturbation et la ruine dans son commerce maritime.

Quelque connaissance qu’eût l’empereur Napoléon de l’éloignement de Frédéric-Guillaume pour toute résolution forte, dans cette