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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/379

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Saint-Pétersbourg. Une correspondance suivie s’établit entre les souverains de Prusse et de Russie, et la reine y prit personnellement une part très active.

La France n’ayant pu réussir à former une solide alliance avec la Prusse, une nouvelle guerre continentale était inévitable. Elle éclata au mois de septembre 1805. Il n’est, pas vrai qu’elle ait été provoquée par la réunion de Gênes, de Parme et de Plaisance, au territoire français. La réunion de Gênes eut lieu le 3 juin 1805, et le 11 avril de la même année, l’Angleterre, la Russie et l’Autriche avaient arrêté les bases de la troisième coalition. Le but avoué de la ligue était de nous déposséder de l’Italie ; le but réel et secret était de nous dépouiller de toutes nos conquêtes, de celles qui pouvaient être imputées à notre ambition aussi bien que des plus légitimes, de nous refouler enfin dans les limites de l’ancienne monarchie. En mettant sur sa tête la vieille couronne des rois lombards, et en s’emparant de Gênes, Napoléon ne fit que relever le gant qui lui était jeté par ses ennemis. Au moment de s’arracher des rivages de l’Océan et d’aller combattre sur le Danube les Autrichiens, il voulut tenter un dernier effort pour entraîner Frédéric-Guillaume : il lui proposa, avec son alliance, la cession définitive du Hanovre.

M. de Hardenberg, qui avait un esprit élevé et hardi, accueillit ce projet comme une grande et forte pensée dont la réalisation complèterait l’organisation territoriale de la Prusse ; mais le roi, qui désirait ardemment le Hanovre, reculait devant les scrupules de sa conscience et les dangers d’une rupture avec l’Angleterre et la Russie. « Puis-je, demanda-t-il à M. de Hardenberg, sans manquer aux règles de la morale, sans perdre en Europe l’estime de gens de bien, sans être noté dans l’histoire comme un prince sans foi, me départir, pour avoir le Hanovre, du caractère que j’ai maintenu jusqu’ici ? » Le roi se peint tout entier dans ces paroles. Son ministre lui répondit que la morale d’un souverain n’était pas celle d’un particulier, qu’il s’agissait là de l’opération la plus propre à conserver le rang de sa monarchie. Le roi, à demi convaincu, consentit à traiter d’une alliance sur la base de l’incorporation du Hanovre à la Prusse. Cette fois l’empereur croyait l’avoir enfin engagé sans retour, et il lui avait envoyé Duroc pour lui dire son dernier mot et signer le traité (3 septembre). C’était encore une illusion. A peine le roi eut-il fait quelques pas dans les voies d’une alliance, que la peur le saisit et le fit reculer. Il rompit les négociations commencées et déclara que sa résolution était de rester neutre.