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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/373

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Jusqu’à ce moment, Frédéric-Guillaume n’avait obtenu que des avantages du système qu’il avait embrassé. Il y avait trouvé ce qu’il désirait le plus ardemment, un accroissement notable de pouvoir et d’influence dans le nord de l’Allemagne, par les simples opérations d’une politique habile. Objet des égards empressés de l’empereur Alexandre et du premier consul, il se flattait de tenir toujours la balance entre eux et de leur servir d’intermédiaire officieux pour leurs communications. Il espérait enfin, à la faveur de l’accord qui existait alors entre la France, la Prusse et la Russie, contenir l’Angleterre et l’Autriche et garantir le maintien de la paix générale. Il s’abusait. La paix d’Amiens n’avait été pour l’Angleterre qu’une suspension d’hostilités, et une année s’était à peine écoulée depuis qu’elle l’avait signée, qu’elle la foula aux pieds et nous déclara de nouveau la guerre. Le moment des pénibles épreuves approchait pour la Prusse.

Lorsque l’Angleterre déchira le traité d’Amiens, elle n’avait point encore d’allié sur le continent ; elle rouvrit la lice d’une main hardie et y descendit seule, prouvant ainsi qu’elle se sentait de force à lutter corps à corps avec son terrible ennemi. On pouvait être assuré toutefois qu’elle ne resterait pas long-temps dans cet isolement et qu’elle ferait jouer tous les ressorts de sa politique pour associer de nouveau à sa cause les monarchies du continent. Au désir qu’elle avait d’abattre notre suprématie se joignait chez elle un intérêt plus pressant encore, celui de détourner nos forces des rivages de l’Océan sur les champs de bataille du continent, et de nous ôter le pouvoir de venir lui dicter la paix dans les murs de Londres. Dans cette situation, nous n’avions pas à choisir entre plusieurs systèmes. Nous devions chercher à rompre la trame de ses intrigues, et, dans le cas où il nous serait impossible d’empocher la formation d’une nouvelle ligue, de nous mettre en mesure de la vaincre. Dès que napoléon eut acquis, par la pratique du pouvoir, une connaissance approfondie des affaires de l’Europe, sa sagacité découvrit bientôt le côté vulnérable de la France. Il comprit qu’au milieu de sa grandeur et de sa gloire, elle était faible parce qu’elle était isolée, qu’il était urgent de reconstruire au plus tôt son système fédératif tombé en ruines, et qu’elle n’acquerrait le degré de puissance nécessaire pour tenir tête à ses ennemis qu’en s’appuyant sur de fortes et solides alliances. La Hollande, la Suisse, l’Italie, devenues parties intégrantes de son système, n’étaient pas des alliés assez puissans pour lui donner cette attitude maîtrisante dont elle avait besoin pour prévenir de nouvelles coalitions et en triompher, si elles venaient à se former. Ce qu’il lui fallait enfin et ce que Napoléon