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pensée politique ne relèvera, et dont la répression n’appartiendra plus qu’à la maréchaussée et aux tribunaux.

Notre gouvernement n’a pas hésité un instant sur le sort des chefs carlistes qui ont cherché un asile sur le territoire français. Quelles que soient les atrocités qu’on leur reproche, le gouvernement ne devait pas livrer des hommes que la politique avait égarés, mais il ne pouvait, pas non plus leur laisser une liberté dont, par leurs antécédens, ils n’auraient pas tardé à abuser, en recommençant la guerre civile. La France doit leur être un lieu d’asile, mais non un abri pour se reformer impunément et se préparer à de nouvelles et sanglantes attaques contre les institutions de leur pays, la sûreté de notre allié, les intérêts de notre commerce et de notre politique.

Nous devons les regarder comme des prisonniers de guerre que nous ne consentirons à relâcher que le jour où une paix bien affermie leur aura enlevé toute chance probable d’agiter l’Espagne et de nous exposer à de nouvelles pertes et à de nouvelles dépenses.

Le motif de la révocation de l’amiral Baudin, que le gouvernement n’a prononcée qu’avec un grand sentiment de peine, est complètement étranger à l’expédition de la Plata. Tout ce qu’on a dit à cet égard est inexact.

L’expédition reste ce qu’elle devait être, quant à son but et quant à ses moyens. Rien n’est changé ; nous l’affirmons. C’est avec le ministre de la marine, avec le président du conseil et avec l’amiral Baudin que tous les détails de l’expédition ont été réglés ; ils ont été ensuite présentés au conseil et approuvés.

Il avait été résolu que l’amiral commandant réunirait les pouvoirs diplomatiques et militaires, que la force en matelots serait près du double de celle qu’avait eue l’amiral Leblanc, que le matériel serait considérablement accru, que des bâtimens à vapeur seraient ajoutés aux nombreux bâtimens à voile dont se compose la flotte française ; qu’en un mot, on mettrait le nouveau chef en mesure d’appuyer les négociations par une force imposante. Si les négociations ne réussissaient pas, si une expédition maritime appuyant nos alliés américains était reconnue insuffisante, l’amiral devait s’en expliquer et faire connaître ses vues au gouvernement.

On prétend que l’amiral Baudin a demandé des troupes de débarquement qui lui ont été refusées : c’est là une erreur.

Un moment il a été question de remplacer quinze cents matelots qui étaient nécessaires pour compléter l’armement de la Plata par quinze cents soldats de l’infanterie de marine. C’est le ministre de la marine qui avait spontanément proposé cela, parce que les quinze cents soldats, étant tout organisés, devaient être plus tôt prêts que les quinze cents matelots. Depuis on a trouvé le moyen de prendre ces quinze cents matelots dans l’escadre de réserve, où ils seront remplacés sous deux mois par l’inscription maritime, et l’armement est resté ce qu’il devait être.

M. Baudin avait accepté tout cela. Il était parti pour Cherbourg ; il avait arboré son pavillon à bord de la frégate la Gloire.