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THEATRE ESPAGNOL.




LE DRAME RELIGIEUX. [1]




Le fanatisme religieux, l’un des traits distinctifs des temps d’ignorance et de barbarie, s’affaiblit d’ordinaire à l’approche de la civilisation et disparaît tout-à-fait au milieu de l’éclat qu’elle répand lorsqu’elle a achevé de se développer. En cela, comme en bien d’autres choses, l’Espagne a fait exception aux lois générales de l’humanité. Pendant le moyen-âge, lorsque l’Europe entière était livrée aux ténèbres d’une superstition cruelle et grossière, un esprit de tolérance au moins relative régnait dans la Péninsule. Les chrétiens, placés en présence des Maures contre lesquels ils luttaient depuis des siècles avec des succès divers pour reconquérir leur indépendance et leur territoire, avaient sans doute puisé dans cette lutte prolongée le principe d’un attachement vif et ardent pour des croyances devenues le symbole de leur nationalité ; mais d’un autre côté ils se trouvaient en contact continuel avec une population dans laquelle ils ne pouvaient méconnaître, malgré la différence de sa foi, des lumières supérieures, le goût des arts, une riche imagination, un caractère chevaleresque et même une grande douceur de mœurs. Ce contact était évidemment incompatible avec les préjugés absurdes, avec les haines furieuses qui partout ailleurs, chez les nations chrétiennes, s’associaient à l’idée de la

  1. Voyez les livraisons du 15 mars et 1er mai.