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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/32

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REVUE DES DEUX MONDES.

minute le tapis de la table, puis les poutres du plafond, enfin, mettant la main sur ses yeux, comme ces oiseaux qui se rassurent et croient n’être point vus quand ils ne voient point eux-mêmes, chanta, ou plutôt déclama, d’une voix mal assurée, la serenata qu’on va lire ;


LA JEUNE FILLE ET LA PALOMBE.


« Dans la vallée bien loin derrière les montagnes, — le soleil n’y vient qu’une heure tous les jours. — Il y a dans la vallée une maison sombre — et l’herbe y croît sur le seuil. — Portes, fenêtres sont toujours fermées. — Nulle fumée ne s’échappe du toit. — Mais à midi, lorsque vient le soleil, — une fenêtre s’ouvre alors — et l’orpheline s’assied, filant à son rouet. — Elle file et chante en travaillant — un chant de tristesse. — Mais nul autre chant ne répond au sien. — Un jour, un jour de printemps, — une palombe se posa sur un arbre voisin, — et entendit le chant de la jeune fille. — Jeune fille, dit-elle, tu ne pleures pas seule. — Un cruel épervier m’a ravi ma compagne. — Palombe, montre-moi l’épervier ravisseur ; — fût-il aussi haut que les nuages, — je l’aurai bientôt abattu en terre. — Mais moi, pauvre fille, qui me rendra mon frère, — mon frère maintenant en lointain pays ? — Jeune fille, dis-moi où est ton frère — et mes ailes me porteront près de lui. »


— Voilà une palombe bien élevée, s’écria Orso en embrassant sa sœur avec une émotion qui contrastait avec le ton de plaisanterie qu’il affectait.

— Votre chanson est charmante, dit miss Lydia, je veux que vous me l’écriviez dans mon album. Je la traduirai en anglais et je la ferai mettre en musique.

Le brave colonel, qui n’avait pas compris un mot, joignit ses complimens à ceux de sa fille. Puis il ajouta : — Cette palombe dont vous parlez, mademoiselle, c’est cet oiseau que nous avons mangé aujourd’hui à la crapaudine ?

Miss Nevil apporta son album et ne fut pas peu surprise de voir l’improvisatrice écrire sa chanson en ménageant le papier d’une façon singulière. Au lieu d’être en vedette, les vers se suivaient sur la même ligne, tant que la largeur de la feuille le permettait, en sorte qu’ils ne convenaient plus à la définition connue des compositions poétiques : De petites lignes, d’inégale longueur, avec une marge de chaque côté. » Il y avait bien encore quelques observations à faire sur l’orthographe un peu capricieuse de Mlle Colomba, qui, plus d’une