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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/283

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WALTER RALEIGH.




Il estimait la gloire plus que sa conscience.
Ben-Jonson

Si vous parcourez la magnifique collection de portraits de Lodge, vous y trouverez, parmi les têtes du XVIe siècle, une physionomie qu’il est impossible d’oublier : elle efface toutes les autres par la singularité, l’énergie rusée et la violence de l’expression. Le nez est fin et recourbé, le front étroit et démesurément haut, l’œil ardent, sagace, conquérant et inquiet, la bouche dédaigneuse, impétueuse, mais non sensuelle. L’attitude du personnage répond à l’originalité de ses traits ; cet homme semble provoquer le monde, et vous diriez qu’il méprise d’avance ce qu’il a fait et ce qu’il va faire.

C’est en effet l’image corporelle et le type extérieur de l’ame la plus excessive dont les annales modernes aient conservé la trace. Walter Raleigh a tout osé, tout envahi, tout manqué. Les trente biographes qui se sont emparés de cette matière brûlante ont voulu la réduire aux proportions ordinaires, effort inutile : la bizarre création de Dieu leur échappe ; une vie de contradictions gigantesques, lutte de Titan contre le possible et l’impossible, désaccord entre la force humaine et la force des choses ; Campbell, Tytler, Birch, Cayley, Shirley, Naunton, même le docteur Southey, sans compter Prince, Fuller, Wood, Aubery, et l’allemand Totze, n’ont point fait comprendre