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C’était un grand esprit, une belle ame, un cœur généreux et bon.

Colomb est une de ces figures rares dans l’histoire, à l’aspect radieux et noble, qu’on aime autant qu’on les admire, qui consolent et rassurent autant qu’elles inspirent le respect et qu’elles frappent par la grandeur de leurs proportions ; une de celles qui sont le plus particulièrement dignes du culte des peuples modernes. Partagés entre leur antipathie contre le passé et la terreur d’autres cataclysmes, préoccupés de l’attente d’immenses évènemens dont les signes sont dans l’air, agités d’infaillibles instincts qui leur annoncent un novus ordo, mais lassés de perturbations et repoussant la violence, qu’on leur avait recommandée et qu’ils avaient acceptée, comme le plus sûr moyen de hâter la venue de cet ordre nouveau qu’ils désirent, dégoûtés d’une philosophie qui enseigné la haine et sème la défiance et la guerre, les peuples maintenant ont besoin de reposer leurs regards sur des types à la fois puissans et bons, réparateurs et rénovateurs.

Comme l’a très bien senti l’historien de Colomb, M. W. Irving, c’est diminuer l’expression d’un éloge que de l’exagérer. Disons-le donc sans détour, Colomb reflétait en lui les bizarreries du moyen-âge avec tout ce que cette époque avait de plus beau et de plus pur. Son imagination était parfois déréglée, mais c’est à cette imagination qu’il dut sa force. L’imagination donne la foi, et Colomb en eut besoin dans son œuvre colossale. C’est elle qui fait éclore les grandes pensées et les grandes actions. Au service d’une ame vulgaire ou d’un cœur pusillanime, l’imagination est un don funeste à celui qui l’a reçue, plus fatal encore à ceux qui l’entourent. Unie à une intelligence élevée et clairvoyante, à un cœur magnanime, elle enfante les plus nobles passions, et il n’y a que des hommes passionnés qui fassent du sublime ; la faculté de souffler autour d’eux l’enthousiasme et la conviction a été réservée pour eux seuls. L’imagination est l’attribut le plus distinctif de cette race privilégiée que le peuple prédestiné appelait prophètes, que le peuple-roi qualifiait de vates, c’est-à-dire de poètes par excellence. Elle perçoit dans les objets de la création, dans les phénomènes du monde physique et dans les évènemens de l’histoire, dans l’esprit et dans la matière, des rapports trop déliés pour être perçus par un autre sens. Elle devine l’homme et la nature ; elle montre des chemins au bout desquels sont de brillantes découvertes dont elle-même n’a qu’à demi le secret, parce qu’elle les a seulement entrevues à la lueur d’un fugitif éclair que Dieu a lancé dans l’atmosphère pour elle seule. L’imagination, a dit un habile