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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/191

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habituellement inventées par l’esprit de parti pour expliquer une fortune dont on ne veut pas reconnaître les véritables causes.

La fin de 1836 fut remplie, comme on sait, par la fameuse expédition de Gomez au travers de l’Espagne. Cabrera s’y joignit avec sa bande, ainsi qu’un autre guerillero du pays, nommé Serrador, lorsque Gomez passa près de leurs montagnes. On ne sait pas bien ce qui se passa ensuite entre eux ; il paraît seulement certain qu’à son passage à Caceres, Gomez signifia à Cabrera et à Serrador qu’ils eussent à quitter son armée dans les vingt-quatre heures, ce qu’ils firent en effet. On a dit que les déprédations commises par les hordes indisciplinées qui les accompagnaient, avaient motivé cette brusque rupture de la part de Gomrez. Peut-être est-il plus naturel de l’attribuer à cette jalousie de commandement qui a toujours divisé les chefs carlistes. A son retour, Cabrera fit emprisonner Serrador, et devint définitivement le seul cabecilla de Valence et de Murcie.

Il ne tarda pas à être nommé commandant-général de ces deux provinces. Quand eut lieu, en mai 1837, là grande tentative de don Carlos sur Madrid, l’armée expéditionnaire, ayant à sa tête le prétendant lui-même, sortit de Navarre et traversa l’Aragon et la Catalogne dans une direction parallèle aux Pyrénées, pour aller faire sa jonction avec Cabrera. Le jeune commandant-général, dont cette marche attestait l’importance, attendit don Carlos avec ses troupes à Flix, sur la rive droite de l’Èbre ; l’armée royale passa le fleuve, et toutes les forces de l’Espagne carliste furent réunies. Le bonheur habituel de Cabrera voulut que le seul rival qui pût lui être encore opposé dans l’est de l’Espagne, le brave Quilez, commandant-général cariste de l’Aragon, fût tué en combattant courageusement dans l’affaire qui eut lieu, le 24 septembre, à Herrera, entre le général Buerens et l’armée expéditionnaire. Quelques jours après cette brillante affaire, l’armée était devant Madrid.

Cabrera, qui marchait à l’avant-garde, montra une grande intrépidité. Il s’avança jusqu’à une des portes de la ville, la porte d’Atocha, et couronna de ses tirailleurs les hauteurs qui le dominent. De son quartier-général, on put reconnaître avec une lunette l’infante Luisa Carlotta, qui regardait l’armée royaliste du balcon du palais. Chacun sait ce qui arriva dans cette circonstance décisive. Au moment où l’armée s’attendait à recevoir l’ordre d’entrer dans Madrid, le 15 août, don Carlos donna au contraire l’ordre de la retraite. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner ce qui amena cette résolution si singulière et si inattendue. Il doit nous suffire de dire qu’elle excita au plus haut