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de rejeter toutes ces lois. Sans doute elle aurait à rendre compte de son vote à l’opinion publique et à sa propre conscience ; mais la marche régulière du gouvernement, le cours des services publics ne seraient point paralysés par le rejet de ces lois : ce rejet n’aurait point les conséquences que pourrait avoir le rejet du budget ou d’une mesure quelconque indispensable au salut de l’état.

Il n’y a donc pas cette contrainte, cette nécessité artificielle et impérieuse dont la chambre pourrait se blesser, cette nécessité, disons-le, qui la domine pour le budget, qu’elle ne pourrait refuser sans compromettre la régularité des services publics.

En adoptant les autres lois, la chambre, qui pourrait les rejeter, aura agi avec liberté et indépendance ; elle aura prouvé que les motifs de l’adoption l’emportaient dans son esprit sur les objections qu’opposent les adversaires de ces projets.

La chambre, il est vrai, ne pourrait amender ces projets ; tout amendement produirait, dans les circonstances actuelles, les mêmes conséquences que le rejet, et retarderait d’une année toutes ces utiles entreprises. Dans ces limites, les plaintes sont fondées ; mais tout a été dit sur ce point lors des débats sur la loi de la navigation intérieure.

Trop insister sur les mêmes plaintes (nous ne disons pas les mêmes reproches, le ministère a prouvé qu’il n’en méritait pas), ce serait les affaiblir, ce serait donner au langage de la chambre un ton lamentable et peu digne d’un grand pouvoir de l’état. La chambre a fait connaître sa pensée : il ne lui reste plus d’autre moyen, le même inconvénient se renouvelant, que la résistance, lorsqu’elle aura devant elle un ministère qui aura préparé et distribué le travail de la session.

L’amendement, c’est-à-dire le rejet d’un de ces projets de loi, sur qui retomberait-il ? sur les compagnies, sur les villes maritimes, sur le commerce, sur l’industrie, sur le public, qui certes ne sont pas responsables de la marche des travaux au sein des deux chambres. Le rejet ébranlerait-il le cabinet ? nullement : le cabinet a trouvé à son avènement l’état de choses dont on se plaint ; il ne pouvait plus le changer. Le rejet ferait-il revenir à Paris un seul député ? encore moins ; les députés ne seraient ramenés sur leurs sièges que par un amendement au budget. La chambre ne veut pas sans doute en venir cette année à ce moyen extrême ; elle voudra encore moins témoigner de son mécontentement par une résolution qui ne frapperait que ces intérêts nationaux, que la chambre est jalouse de seconder et de protéger.

Il est sur la loi des chemins de fer une autre observation qui s’applique également aux débats de l’une et de l’autre chambre. Nous voulons parler de la réunion dans une seule et même loi de plusieurs projets tout-à-fait différens indépendans l’un de l’autre ; ainsi le chemin de fer d’Orléans et celui de Strasbourg à Bâle, et plusieurs autres, se trouvent compris dans le même projet de loi. Il faut, en conséquence, tout adopter ou tout rejeter ; ces projets se présenteront aux suffrages de la chambre, pour ainsi dire l’un portant l’autre. Encore si le même principe, si le même système de secours était appliqué à