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excellence, Uyodhya, fondée par Munoo, le roi des hommes. Une description que j’abrège ici, ouvre le seuil de cette ville anté-diluvienne, où semblent entassées l’une sur l’autre Ninive, Gomorrhe et Babylone :

« Sur les bords du fleuve était l’illustre cité bâtie par le roi des hommes, une vaste cité, dont le circuit est de douze journées de voyage ; ses maisons s’élevaient jusqu’aux nues. Arrosée par des eaux jaillissantes, ornée de bosquets et de jardins, elle était entourée d’une muraille infranchissable ; les accords des instrumens de musique et le frémissement des armes s’y faisaient entendre tour à tour ; elle était remplie de bayadères, parcourue dans tous les sens par des éléphans et des chevaux, visitée par des marchands et des messagers de toutes les contrées, et sans cesse retentissante du bruit du char des dieux. Pareils à une mine de diamans, ses murs d’enceinte, formés de diverses sortes de pierreries, l’entouraient comme un collier, et les toits résonnaient des sons du cistre, de la flûte et de la harpe. Personne dans cette cité ne vivait moins de mille ans. Aux échos répétés des prières sacrées, elle était remplie de banquets et d’assemblées d’hommes heureux. Parfumée d’encens, de guirlandes, de fleurs et d’objets de sacrifice, dont le cœur s’enivrait, elle était gardée par des héros égaux en force aux éléphans qui portent l’univers comme une tour, par des guerriers qui la protégent, comme les serpens à trois têtes protégent les sources du Gange. Le feu des sacrifices y était entretenu par un peuple de prêtres qui tenaient éternellement leurs esprits et leurs désirs sous un joug volontaire. »

Telle est la Troie indienne. Le chant pieux des Védas y couvre le retentissement des armes. Mélange de volupté et d’ascétisme, c’est un temple pour les dieux, plutôt qu’une cité pour les hommes ; et par là elle est conforme au génie de l’épopée qui se meut autour de ses murailles. J’ai vu Mycènes, Argos, Tyrinthe, la ville d’Hercule ; je puis affirmer que ces cités divines ne furent jamais que des bourgades en comparaison de la demeure réelle ou imaginaire de l’Hercule indien.

Dans ce séjour d’ascétisme se succèdent lentement d’étranges dynasties de rois dont chacun vit des siècles de siècles ; ils remplissent par des austérités inexorables cette vide éternité. A genoux, immobiles, les mains tendues vers le ciel, on dirait qu’ils figurent des siècles de prières et de contemplations, règnes d’extase qui passent comme un songe. Chaque peuple résume ainsi ses souvenirs dans la personne de chefs imaginaires faits à sa propre image. Chez les Hébreux, les