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l’horizon nécessairement borné d’un système, il eut un plein succès, et bientôt, à l’aide de ses journaux comme de ses livres [1], de sa clinique au lit des malades comme de ses leçons, il renversa tout ce qui le gênait et domina seul.

En effet, au bout de quelques années, les partisans de l’ancienne médecine, attaqués, surpris, déconcertés, se turent. Pinel, qui avait toujours été timide et dont la théorie était restée indécise, assailli par son disciple, maintenant son antagoniste, devenu vieux lui-même et incapable de résister à une pareille fougue et à une aussi pressante conviction, refusa de combattre. Il descendit silencieusement et avec dignité du trône médical qu’il occupait depuis vingt années et où M. Broussais monta hardiment, décidé à mieux s’y défendre et croyant pouvoir toujours y rester. Une jeunesse ardente, enthousiaste, se pressa autour de lui. Elle se passionna pour ses idées, dont la simplicité était surtout séduisante pour elle, et les transporta des bancs de l’école dans la pratique médicale sur tous les points de la France. Il y eut un moment où M. Broussais fit secte.

Mais la pratique est l’épreuve des systèmes, en médecine surtout. Pour durer, il ne faut pas seulement qu’ils satisfassent les esprits ; il faut qu’ils guérissent les malades. La doctrine de M. Broussais avait besoin de ce dernier succès afin de se consolider entièrement. Malheureusement pour elle, depuis qu’elle était adoptée, on ne mourait pas moins, et de méchans esprits prétendaient même qu’on mourait davantage. On la jugea à son tour. Tandis que des partisans peu mesurés la compromettaient en l’exagérant, des adversaires habiles s’élevèrent contre elle et non sans succès dans un pays où l’on sait toujours mieux attaquer que se défendre.

Sans lui refuser une part de vérité et sans nier les services qu’elle avait rendus sous certains rapports à l’art de guérir, on contesta la certitude de son principe et l’universalité de son application. On

  1. Outre les ouvrages déjà cites, il publia pour la propagation ou la défense de son système :
    Les Annales de la medecine physiologique depuis 1822 jusqu’en 1834, formant 26 volumes ;
    Un Traité de Physiologie appliquée à la pathologie, 1822, 2 vol. In-8° ;
    Un Cathéchisme de la médecine physiologique, ou Dialogue entre un savant et un jeune médecin, 1824, 1 vol. In-8° ;
    Des Commentaires des propositions de pathologie consignées dans l’Examen des doctrines médicales, 1829, 2 vol. In-8° ;
    Et un grand nombre de discours, de réponses, de traités, publiés à part ou dans des journaux.