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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 23.djvu/104

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REVUE DES DEUX MONDES.

l’aime… Il est si bon ! si brave ! Songez donc à ce qu’il a fait ! Seul contre deux et blessé !

Le préfet était de retour. Instruit par un exprès de l’adjoint, il était venu accompagné de gendarmes et de voltigeurs, amenant de plus procureur du roi, greffier et le reste pour instruire sur la nouvelle et terrible catastrophe qui compliquait, ou si l’on veut qui terminait les inimitiés des familles rivales de Pietranera. Peu après son arrivée, il vit le colonel Nevil et sa fille, et ne leur cacha pas qu’il craignait que l’affaire ne prît une mauvaise tournure. — Vous savez, dit-il, que le combat n’a pas eu de témoins, et la réputation d’adresse et de courage de ces deux malheureux jeunes gens était si bien établie, que tout le monde se refuse à croire que M. della Rebbia ait pu les tuer sans l’assistance des bandits auprès desquels on le dit réfugié.

— C’est impossible, s’écria le colonel ; Orso della Rebbia est un garçon plein d’honneur ; je réponds de lui.

— Je le crois, dit le préfet, mais le procureur du roi (ces messieurs soupçonnent toujours) ne me paraît pas très favorablement disposé. Il a entre les mains une pièce fâcheuse pour votre ami. C’est une lettre menaçante adressée à Orlanduccio, dans laquelle il lui donne un rendez-vous… et ce rendez-vous lui paraît une embuscade.

— Cet Orlanduccio, dit le colonel, a refusé de se battre comme un galant homme.

— Ce n’est pas l’usage ici. On s’embusque, on se tue par derrière, c’est la façon du pays. Il y a bien une déposition favorable ; c’est celle d’un enfant qui affirme avoir entendu quatre détonations, dont les deux dernières, plus fortes que les autres, provenaient d’une arme de gros calibre comme le fusil de M. della Rebbia. Malheureusement cette enfant est la nièce de l’un des bandits que l’on soupçonne de complicité, et elle a sa leçon faite.

— Monsieur, interrompit miss Lydia rougissant jusqu’au blanc des yeux, nous étions sur la route quand les coups de fusil ont été tirés, et nous avons entendu la même chose.

— En vérité ? Voilà qui est important. Et vous, colonel, vous avez sans doute fait la môme remarque ?

— Oui, reprit vivement miss Nevil ; c’est mon père, qui a l’habitude des armes, qui a dit : Voilà M. della Rebbia qui tire avec mon fusil.

— Et ces coups de fusil que vous avez reconnus, c’étaient bien les derniers ?

— Les deux derniers, n’est-ce pas, mon père ?