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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/97

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hardie que bien combinée, formée dans l’Inde britannique, vient de replacer sur le trône de Kaboul Shah-Shoudjâ-oul-Moulk, exilé depuis trente ans de son royaume, et depuis vingt-quatre ans pensionnaire du gouvernement suprême des Indes anglaises qui lui avait accordé, ainsi qu’à son frère aveugle, Shah-Zéman, un asile à Loudiana, sur les bords du Sutledje. C’est de ce point que le shah est parti, le 14 novembre 1838, pour reconquérir ses états ; c’était la troisième fois depuis vingt ans ! Mais cette fois les astres lui étaient favorables, l’étoile de l’Angleterre marchait devant lui. Des troupes levées pour son service par le gouvernement suprême, payées par ce gouvernement, commandées par des officiers anglais, entouraient sa personne. L’armée du Bengale, destinée à appuyer ce mouvement, s’était réunie à Firozepour d’où elle marcha, le 10 décembre, pour suivre avec le shah la rive gauche du Sutledje, et traversa l’Indus à Bakker, du 12 au 17 février, se dirigeant par Shikarpour sur les passes du Kandahar. En même temps, un corps d’armée, parti de Bombay et débarqué aux bouches de l’Indus, à la fin de décembre, remontait les rives de ce fleuve, prenait possession d’Hyderabad, le 8 février, après avoir imposé un traité aussi humiliant qu’onéreux aux Amirs de Sindh, et marchait de là, le 11 février, pour opérer sa jonction avec le corps d’armée du Bengale. Cette jonction était complétée, et la passe du Bolan franchie par les dernières colonnes de l’armée, le 4 avril. Le lieutenant-général sir John Keane prenait ce jour même le commandement en chef des corps d’armée réunis sous le nom d’armée de l’Indus, et marchait sur Kandahar. Un corps auxiliaire sikh, commandé par le petit-fils du maharaja Ranjît-Singh, et où se trouvait le général Ventura, se préparait en même temps à pénétrer dans le Kaboul par la route de Peshaver. L’ensemble de ces opérations a eu le succès le plus complet. Shah-Shoudja, après avoir été solennellement reconnu et salué souverain de l’Afghanistan à Kandahar, le 8 mai dernier, par l’armée anglaise, a fait, le 7 août, son entrée triomphale à Kaboul, dont la prise de Ghizni, enlevée d’assaut en deux heures, le 23 juillet, lui avait ouvert les portes. M. Macnaghten, envoyé du gouvernement suprême et ministre plénipotentiaire (dans toute l’étendue du terme) près du roi de Kaboul, s’occupait activement, à la date des dernières nouvelles, de la réorganisation de ses états. Ainsi a été rétabli en quelques mois, au profit de l’Angleterre et presque sans coup férir, le royaume de Kaboul ; ainsi une barrière, de long-temps inébranlable, a été élevée entre la Russie et l’empire hindo-britannique !