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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/96

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L’Afghanistan fit partie de l’empire mogol jusqu’à l’invasion de Nadir-Shah (1738-39). « Kandahar, qui tire son nom de la ville capitale ou qui lui donne le sien, dit un vieux voyageur, est la province la plus occidentale de toutes les Indes et a pour voisin le roi de Perse, qui en a souvent été le maître : aussi est-ce pour cette province que les rois de Perse sont presque toujours en guerre avec le Grand-Mogol, comme ils le sont du côté de la Turquie pour Bagdad et Erivan[1]. » Ainsi, il y a deux cents ans, des rivalités semblables à celles qui nous occupent aujourd’hui étaient déjà depuis long-temps en présence.

Nadir-Shah exigea la cession des provinces à l’ouest de l’Indus, avant de rendre à l’empereur Mohammed-Shah le sceptre qu’il avait arraché à sa main débile. Privé de cette base et miné intérieurement par une organisation vicieuse, l’empire mogol croula de toutes parts. La France et l’Angleterre, accourues au bruit de sa chute, se disputèrent long-temps ses débris. Quand la France fut forcée d’abandonner la suzeraineté de l’Inde à son habile rivale, celle-ci put donner toute son attention à l’affermissement et à l’agrandissement de sa puissance. Elle s’attacha à consolider tour à tour, par les négociations ou par les armes, sa domination et son influence, surtout dans le nord et dans l’ouest de l’Hindoustan. La Perse, obligée, depuis la mort de Nadir-Shah, de renoncer à la souveraineté de l’Afghanistan, n’abandonnait cependant pas ses prétentions sur ce pays. D’un autre côté, la Russie, qui touche à ces contrées par la mer Caspienne, ne pouvait méconnaître l’importance politique de I’Afghanistan, les richesses naturelles et les facilités qu’il offre à ses possesseurs pour se rendre maîtres du commerce de l’Indus et de la haute Asie. Elle cherchait donc depuis long-temps à s’y créer des relations dont son commerce pût profiter. L’Angleterre, jalouse de toute participation, même en espérance, aux avantages de sa position dans l’Inde, et calculant les chances d’un avenir éloigné, suivait d’un œil inquiet les explorations de la politique russe et les démarches plus directes et plus hostiles du gouvernement persan. Elle n’attendait qu’une occasion pour se mettre ouvertement sur cette défensive qui, dans son système habituel, ressemble si bien à l’attaque ! L’occasion s’est présentée.

La question que les luttes des négociateurs avaient laissée indécise, l’épée vient de la trancher d’un seul coup. Une expédition, aussi

  1. Jean-Albert de Mandelslo, 1638.