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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/899

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que M. Martin du Nord. Le jour où une portion de la gauche, fatiguée d’une opposition sans résultat, voudrait prendre rang au nombre des partis gouvernementaux, elle le pourrait avec M. Thiers, elle ne le pourrait pas avec M. Salvandy. C’est ainsi qu’une fraction du centre gauche s’est ralliée au parti gouvernemental avec MM. Passy et Dufaure ; aurait-elle suivi MM. Lacave et Cunin-Gridaine ?

Ainsi les amis politiques de M. Thiers, nous voulons bien le reconnaître, sont aujourd’hui à gauche et au centre gauche : sa force parlementaire est là. Certes, le langage des 221 et de leurs journaux ne peut pas lui laisser le moindre doute à cet égard. Ils ne sont occupés qu’à lui prouver qu’il a planté son drapeau au milieu de la gauche, qu’il est condamné à l’y laisser, qu’il n’y a pour lui dans les centres ni confiance ni affection, qu’il n’a rien à espérer d’eux, qu’eux n’espèrent rien de lui.

Tels sont les antécédens, les dispositions des partis. Et cependant que disent à M. Thiers les conservateurs modérés, impartiaux, et ceux qui voudraient passer pour tels ? — Rien n’est plus facile au cabinet que de se maintenir ; il n’a qu’à planter son drapeau parmi nous, qu’à faire à la tribune des déclarations officielles qui le séparent à tout jamais de la gauche. A ces conditions il vivra, nous lui apporterons la majorité. — Eh ! non, quoi qu’il dise à la tribune, vous ne lui apporterez pas la majorité, d’abord parce que vous, 221, vous ne l’avez pas, en second lieu parce que si vous l’aviez, ce n’est pas à lui que vous l’apporteriez, et vous auriez raison ; il y aurait niaiserie à ne pas la donner à vos chefs naturels.

On parle de majorité, tandis que pour renverser le 12 mai on a dû recourir à une coalition tacite dix fois plus étrange que la coalition formelle de l’an dernier. On parle de majorité, et quand on a convoqué le ban et l’arrière-ban, on est loin d’atteindre le chiffre de 200. Répétons-le, il importe de l’apprendre à la France : il n’y a pas de majorité dans la chambre, il n’y en a pour personne ; aucune des grandes fractions de la chambre ne s’y trouve en majorité.

Les circonstances, et surtout les préjugés, les haines, ont bien servi les doctrinaires. Séparés de la gauche par leurs opinions, et des 221 un peu par leurs opinions et beaucoup plus par l’antipathie qu’on s’est plu à leur témoigner, ils se trouvent ainsi, en guise de bataillon volant, placés entre les deux corps d’armée, et maîtres, s’ils restent unis, de la majorité dans toutes les grandes questions.

Cela étant, quel conseil donnent à M. Thiers les conservateurs ? « Quittez vos amis, quittez-les solennellement, brusquement, avec éclat, et venez à nous, seul, désarmé, comme un humble varlet ; nous daignerons ouvrir nos rangs ; nous vous promettons une majorité que nous n’avons pas, et que, certes, nous ne mettrions pas à votre service, si elle était en notre pouvoir.

Cela n’est pas sérieux, ce n’est qu’une comédie mal jouée. On veut à tout prix préparer la chute du ministère, amener une nouvelle crise, une crise