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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/894

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 mars 1840.


Le ministère du 1er mars n’a pas encore quinze jours d’existence, il n’a pas encore eu l’occasion de dire une parole décisive, le temps de faire un acte significatif, que déjà il se trouve entouré d’ennemis, attaqué avec fureur, menacé de mort. On lui prépare, dit-on, un coup fourré dans le parlement, une chute ignominieuse ; on veut venger sur lui l’étranglement silencieux du 12 mai.

Ces projets ne sont pas des chimères ; le danger est réel ; l’existence du cabinet est sérieusement menacée. Tout le prouve ; les attaques de la presse, les propos de tous les hommes qui se mêlent de politique, la réorganisation de la réunion Jacqueminot, le langage du ministère lui-même. En proposant la loi des fonds secrets, le cabinet n’a point cherché à éluder la question, il n’a pas essayé de l’ajourner ; il le pouvait à la rigueur, en demandant à la chambre un vote de nécessité plutôt qu’un vote de confiance ; il ne l’a pas fait, et nous l’approuvons fort, dans son propre intérêt du moins ; il est allé au-devant de la question ; il l’a franchement acceptée telle qu’on veut la poser ; il a formellement reconnu que son avenir dépendrait du vote de la chambre. Ainsi, dans dix jours, plus d’incertitudes : ou le cabinet du 1er mars sera accepté et soutenu par la chambre, ou le ministère se retire, en laissant à d’autres le soin de chercher s’il reste quelque chose de possible après lui. Je me trompe ; il est une troisième issue, la dissolution de la chambre par le ministère du 1er mars et à son profit.

Dans cette situation, il est une chose qui nous paraît, à nous, étonnante, prodigieuse ; nous voulons dire le courage et la tranquillité d’esprit et de conscience des hommes pour qui ce jeu parlementaire n’a rien d’inconnu, rien d’obscur. Ceux-là ne peuvent pas en méconnaître les dangers, ni se méprendre sur la gravité des suites irréparables qu’il peut avoir. Ils savent, comme nous, que jamais, depuis 1830, la situation n’a été plus grave, ni le péril plus réel, ni le remède plus incertain, plus hasardeux.