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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/891

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encore de huit à dix millions. Cette population est trop mélangée et trop remuante pour qu’il soit possible de lui imprimer promptement la direction salutaire qui doit la conduire à un avenir heureux. Cependant il y a au fond de l’esprit afghan, et dans la constitution des peuples qui habitent à l’ouest de l’Indus, des tendances européennes que l’influence de la civilisation anglaise parviendra à développer tôt ou tard. Cette disposition ou cette aptitude à se convertir, pour ainsi dire, à notre civilisation, tient à des considérations générales que nous avons déjà indiquées, et sur lesquelles nous croyons utile de revenir en peu de mots avant de terminer.

Kaboul étant le point culminant parmi tous les points de cette double ligne de séparation que la nature physique et la nature morale ont tracée entre les deux mondes asiatiques, et en même temps le point d’intersection le plus remarquable des routes qui viennent de l’Asie centrale ou qui se dirigent vers elle, les différences ou les contrastes que nous avons signalés s’y résument, pour ainsi dire, aux yeux de l’observateur attentif, mais ils se manifestent dans leur plus grande généralité, aussitôt que l’on a franchi l’Indus.

Les peuples à l’ouest de ce grand fleuve se distinguent par un sentiment profond de liberté et d’indépendance, sentiment complètement étranger à la plupart des nations de l’extrême Orient. Ils possèdent en outre un grand fonds de courage relevé et soutenu par la barbarie relative de leurs mœurs. Leur pays est généralement peu cultivé : on n’y voit point, comme dans l’Hindoustan, de grandes routes ni de grandes plantations. La colonisation n’y est qu’un fait sporadique ; les points qui lui sont acquis se trouvent séparés les uns des autres par de vastes pâturages où se heurtent et se croisent en tous sens les pâtres avec leurs bestiaux. Leurs physionomies sont dures, leur peau velue et brunie au soleil ; ils vivent sous l’influence des traditions patriarcales. Gouvernement, tribunaux, magistrature, lois, police et civilisation, tels que l’Hindou les a conçus, créés ou acceptés, leur sont entièrement inconnus, et cependant il y a du mouvement et de l’ordre dans cette étrange agglomération d’hommes à demi barbares.

Le ciel de ces pays est, comparativement à celui de l’Hindoustan, plus frais et plus pur ; la nature s’y montre sous des formes plus pittoresques. La coupe des figures humaines se rapproche autant de la nôtre qu’elle diffère de celles des Hindous ; la forme et surtout la nature des vêtemens s’éloignent de celles qui sont généralement adoptées dans l’Hindoustan. Les tissus blancs et légers cèdent ici la place