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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/886

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les seconds, doux, indolens, plongés dans une extase et une contemplation habituelle. Cette différence de caractère et de mœurs frappa les Anglais. Ils aimaient à retrouver dans l’habitant de l’Afghanistan un homme de la trempe européenne. C’est de ce point de vue que les Afghans furent étudiés et représentés par Elphinstone. D’autres écrivains sont allés plus loin, cherchant à donner un tableau exact de l’état actuel de ce peuple remarquable, en même temps qu’à pénétrer jusqu’à son origine, pour en faire ressortir tous les points d’affinité avec la race germanique, la race irannienne, et celle des peuples occupant l’Asie centrale. Parmi ces écrivains, nous citerons surtout Fr. Wilken, dont la dissertation, portant ce titre : De l’Origine et du Gouvernement des Afghans, a trouvé un excellent accueil au sein de l’Académie des sciences de Berlin, où elle avait été lue en séance publique.

Le point de départ de Wilken est diamétralement opposé à celui de ses prédécesseurs. A commencer par les écrivains persans et arabes, tels que Neamet-Oulla, Ebn-Batuta, tous les autres, et particulièrement Ferishta, J. Potocki, A. Burnes, etc., etc., mêlant plus ou moins de fables à leurs récits, se plurent à déduire l’origine des Afghans de la race juive habitant primitivement les monts Caucase. Wilken protesta contre cette hypothèse ou cette assertion, au nom de données historiques et ethnographiques aussi curieuses qu’incontestables, que nous résumerons ici.

De tous les peuples conquis par les musulmans, les Afghans ont été les plus fidèles gardiens de leur nationalité. Leur organisation sociale a résisté à toutes les tentatives faites par leurs rois pour y établir un gouvernement despotique. Elle ressemble sous plus d’un rapport à celle des anciens Persans et à celle des anciens Germains.

Les Afghans se divisent, comme autrefois les Persans, en deux grandes classes : 1° colons établis, 2° pasteurs. Ces derniers changent de place périodiquement, à de certaines saisons de l’année. D’après leurs mœurs, ils se divisent encore en Afghans orientaux et en Afghans occidentaux. Les tribus les plus renommées et exerçant une espèce d’autorité sur les autres tribus sont celles des Ghildjies (Gildschi) et celle des Douranies. Ces divisions n’en font pas des peuples aussi différens les uns des autres que l’avaient été jadis dans la race germanique les Francs et les Saxons. Les Afghans déduisent leur origine de Kais-Abdulraschid et de ses quatre fils. Ce Kais fut, suivant la légende, le premier de son peuple qui, du temps de Chaled,