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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/885

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aveuglément à leur chef, mais c’est que, dans ces chefs, ils voient la personnification de la force et de l’éclat de leurs tribus ; c’est que, dans leur grandeur et leur influence, chaque Afghan voit la splendeur de sa propre famille. Ils les accompagnent à la guerre avec la soumission aveugle, et le tendre dévouement d’un enfant pour son père. En général ce gouvernement est aussi étranger à l’égoïsme qu’il se complaît dans une discipline militaire dure et inexorable. Les Afghans parlent avec enthousiasme de la liberté de leurs institutions : ils sont toujours prêts à maintenir que tous les Afghans sont égaux, ce qui, bien que l’histoire du passé et celle du présent donnent un démenti formel à cette prétention, montre au moins leurs dispositions naturelles et la tendance constante de leurs idées. Elphinstone s’efforçait un jour de convaincre un vieillard d’une de leurs tribus, homme très intelligent, de la supériorité et des avantages de la vie civilisée dans nos grandes monarchies, comparée aux tumultes, aux alarmes et aux discordes sanglantes, résultat inévitable de leur système de gouvernement. Le vieillard, répondant avec une chaleureuse indignation à ces argumens, conclut en ces mots : « Nous aimons la discorde, nous aimons les alarmes, nous aimons le sang ; mais nous n’aimerons jamais un maître ! » Avec de pareils sentimens, le gouvernement monarchique est en effet difficile, et il est aisé de prévoir que pendant un long-temps encore la présence d’une armée anglaise pourra seule contenir l’esprit turbulent et inquiet et les vagues désirs d’indépendance de ces populations, qui n’ont jamais montré d’unité nationale que pour envahir eux-mêmes ou repousser l’invasion.

Les Afghans, tout en aimant la guerre, la rapine et le pillage, prétendent qu’il n’y a de force que dans la justice ; mais ils sont justes à leur manière : l’hospitalité est encore une de leurs vertus, seulement cette hospitalité ne dépasse pas les limites du village ou du territoire ; au-delà de ces limites, le droit de pillage reparaît dans toute sa force, et ne respecte personne ; les amis comme les ennemis subissent la loi commune. Telles sont principalement les mœurs des habitans des monts Soliman et du Béloutchistan.

Les Afghans primitifs résidaient, selon toute apparence, dans le Paropamise, entre l’Inde, la Perse et la Bactriane. Les données que nous fournit l’histoire, et qui remontent au temps d’Alexandre, prouvent que, déjà à cette époque, il y avait une différence profonde entre les habitans de l’Afghanistan actuel et les populations de l’Hindoustan. Les premiers sont actifs, agiles, entreprenans et énergiques ;