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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/884

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c’est un peuple différant essentiellement des hindous, des Persans et des Tartares, et qui, converti l’un des premiers à l’islamisme, a su néanmoins résister courageusement à tous les conquérans de l’Irân. Mohammed, Tchingiskhan, Timour, Abbâs, Nader-Schâh, ont tous trouvé les Afghans indomptables ou prêts à se révolter.

La race afghane forme trois groupes principaux : les Béloutchis, les Ghildjies et les Douranies ; ces trois groupes se distinguent par la bravoure militaire et les habitudes de pillage. Celui des Douranies a des dispositions très démocratiques, et cependant les hommes faisant partie de ce groupe sont presque tous établis dans les villes, tandis que ceux des deux autres mènent la vie de pasteurs. L’organisation des tribus de ce singulier peuple est pour ainsi dire toute généalogique et peut se résumer dans la formule qui suit : Chaque famille est sous le gouvernement absolu de son chef.

Dix ou douze familles sont présidées par un ancien, spin-zhéra (mot à mot, barbe blanche), ancêtre commun de ces familles ou son représentant.

Dix ou douze spin-zhéras reconnaissent l’autorité d’un canndidâr, représentant l’aîné de toutes ces familles.

Un certain nombre de ceux-ci composent une subdivision à laquelle préside un mallih ou mnoushir, qui à son tour doit représenter l’ancêtre commun.

Plusieurs subdivisions forment une division régie d’après le même principe ancestorial.

Enfin plusieurs divisions composent le khail, et plusieurs khails forment les grandes familles ou tribus, telles que les Barakzaïs, les Saddozaïs, Ismaëlzaïs, etc. [1].

Chaque groupe de khails ou chaque khail indépendant, ou même chaque division qui a pour chef un khan, est désigné par le mot oulouss.

Ce qui distingue particulièrement les Afghans, c’est l’amour extrême de la liberté et de l’indépendance. Ce sentiment a donné à leur caractère un fonds immense d’originalité. Leur système militaire, leur cavalerie, leur législation et leur gouvernement, tout est frappé, dit Elphinstone, d’un sceau qui leur est particulier. Ils obéissent

  1. Le zaïs, qui termine si fréquemment les noms de tribus en Afghanistan, a la signification de fils, comme le vitch à la fin des noms russes et le mac au commencement des noirs écossais. Les termes mallik et moushir, d’origine arabe, désignent, le premier un roi ou chef suprême, le second un conseiller.