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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/881

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population indigène, la classe des Tadjiks, classe des travailleurs aux yeux de toutes les hordes nomades qui traversèrent ce pays, mais classe profondément différente de celle des anciens cultivateurs de l’Afghanistan, qui, à l’approche de l’ennemi, se sont retirés dans les montagnes, emportant avec eux leur vieille liberté.

La noblesse de l’Afghanistan n’est pas prétentieuse ; elle admet dans son sein les hommes les plus incultes, pourvu qu’ils soient d’origine libre. Aussi cette classe y devint facilement très nombreuse, par l’incorporation de différentes hordes nomades tout entières. Mais à mesure qu’elle croissait, la classe des Tadjiks devenait de plus en plus asservie. La majeure partie des hommes de cette classe se recommande par des mœurs douces, paisibles et industrieuses. Ils sont généralement plus policés, plus entreprenans et plus intelligens que leurs maîtres, pour lesquels ils sont obligés de travailler, et auxquels ils livrent souvent la moitié de leurs revenus. Dans les villes, ils sont attachés à différentes branches d’industrie manuelle, et se louent tant par an. Leur religion est celle des Sounnis ou Sunnites. Dans le Sistan (Sedjestan) et le Béloutchistan, ils forment la majeure partie de la population. Ailleurs, ils sont semés çà et là par groupes et présentent ainsi le triste spectacle d’un peuple dispersé par tous les vents des révolutions.

Parmi les races d’origine étrangère qui ont colonisé l’Afghanistan, et dont la plus ancienne, celle des Tadjiks, n’est encore qu’un jeune peuple métis, il faut distinguer les Kazzelbashis ( appelés Qizalbash par Mohun-Lall ; I a Kuzzilbaushes par Elphinstone), tribu tourkomane, qui du temps de la domination des dynasties tourkomanes parvint en Perse à un haut degré de puissance, et qui, à la suite de Nader-Shâh et d’Ahmed-Shâh, s’est établie, au nombre de plusieurs milliers de familles, principalement à Kaboul et dans les autres grandes villes de l’Afghanistan. Les Kazzelbash, race intelligente et vaniteuse, à la fois insolente et servile, passionnée pour la gloire et les plaisirs, aimables compagnons, mais dangereux amis, sont à Kaboul en possession de presque tous les postes de confiance dans les grandes familles et même à la cour, et exercent par leur nombre, leur union, les qualités redoutables de leur esprit et leur audace, une assez grande influence sur le gouvernement et le peuple dont ils sont cependant haïs à cause de la différence des religions, les Kazzelbash étant de zélés Shiahs, tandis que la masse des populations appartient à la secte des Sounnis. Les Kazzelbash ont vu, avec une extrême jalousie, que les Anglais eussent pris une part si active