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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/843

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— Je cherchais un bijou que la princesse a perdu.

— C’est vrai ; don Stentarello vient de me remettre le bracelet qui était tombé.

Et en disant cela, la princesse fait à son mari un geste d’intelligence. Stentarello est au comble du bonheur ; il se relève d’un seul temps, et il faut voir de quel tendre et ardent coup d’œil il paie l’adorable supercherie de la princesse. Celle-ci sort avec son mari, et Stentarello, resté seul, célèbre dans une joyeuse et vive cavatine ses prouesses galantes et l’adresse avec laquelle il séduit une femme et trompe un mari. A la fin, il s’accuse d’avoir toujours été un grand scélérat. Mais aussi pourquoi la nature l’a-t-elle doté de tant d’aimables qualités et de charmes irrésistibles ? En disant cela, il se caresse le menton, cligne amoureusement de l’œil, et sautille allégrement. Dans sa pétulance, il se croit tout permis, tout lui paraît possible, et l’on devine que tout à l’heure il oubliera sa prudence accoutumée.

Dans l’acte suivant, Stentarello s’est caché dans la chambre à coucher de la princesse ; il est blotti derrière un rideau, et attend avec impatience qu’elle paraisse, quand le chat favori de la dame de ses pensées lui saute tout à coup au visage. Bataille entre Stentarella et le chat, qui imprime sur chaque joue du pauvre amoureux de profondes égratignures. Stentarello finit cependant par triompher et par jeter son ennemi par la fenêtre ; mais il est entièrement défiguré. Il se console de sa mésaventure en pensant qu’il va faire nuit, et qu’à défaut des charmes du visage, il a mille autres moyens de plaire. Sur ces entrefaites, la princesse arrive elle sait que Stentarello est caché dans sa chambre à coucher ; elle a prévenu son mari, et tous deux sont décidés à se divertir aux dépens du pauvre diable d’amoureux.

La princesse achève rapidement sa toilette de nuit et renvoie ses femmes. Restée seule, elle pousse de bruyans soupirs et murmure le nom de Stentarello. Stentarello ne se possède plus. — Divine adorée, tu penses à ton amant ! — se dit-il d’un air fat ; et, rejetant de côté le rideau qui le cache, il se précipite aux pieds de sa belle, qui feint une vive terreur et se défend mollement, abandonnant sa main, que le passionné Florentin couvre de baisers. Celui-ci cependant s’attendait à une résistance plus provoquante ; il commence à être inquiet de sa victoire trop facile, il craint de pousser plus avant ses avantages, dont il ne saurait sans doute comment profiter. Il exprime son