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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/838

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Le malheur veut que ce soit le pauvre pédagogue qui soit découvert. Il a si mauvaise mine, qu’on le prend pour un voleur. Il est bien penaud et tremble de tous ses membres quand son élève est découvert à son tour. Grande bataille entre le cordonnier et les deux inconnus. Comme il ne s’agit que de donner des coups de pied et des coups de poing, Stentarello paie bravement de sa personne ; il finit même par assommer à moitié le cordonnier, et se sauve avec son élève. Stentarello est traduit en justice : il est tout-à-fait câlin devant le tribunal, et comme on parle de la potence, il soupire, pense à sa femme et à ses trois enfans. Il est tiré de ces idées mélancoliques par la vue d’une biscotte qu’on lui allonge de l’orchestre ; il l’avale, puis une seconde, puis une troisième, et, se sentant réconforté, il commence un beau plaidoyer. Il courrait néanmoins grand risque d’être pendu, si le cordonnier, à qui le jeune seigneur à payé une grosse somme, ne se désistait de la poursuite.

Mais c’est en sergent napolitain que notre héros est sublime. Il s’appelle don Stentarello, chante des airs de bravoure d’une voix tonnante, traîne son sabre d’un air superbe et ne jure que par la bombe et le canon. Il aime surtout à faire le récit de ses exploits et à raconter ses prouesses à qui veut l’écouter. Une fois, d’un coup d’estoc, il a embroché trois généraux ennemis ; une autre fois, d’un coup de taille vigoureusement appliqué, il a pourfendu un cavalier et son cheval, faisant du tout quatre morceaux ; le coup était si bien frappé, que son sabre, après ce beau travail, s’enfonça en terre assez profondément pour qu’il lui fût impossible de l’en retirer.

Un jour, dans une grande bataille contre les pandours, il vit venir à lui une énorme bombe ; loin de se troubler et de fuir, il l’attendit de pied ferme, recueillit toutes ses forces, et, la prenant au bond, la renvoya comme une balle de paume dans les rangs ennemis, où elle fit un grand carnage. Ce héros merveilleux n’est sensible qu’à trois choses, à l’amour, à la faim et à la peur. Il a fait de grands dégâts dans les couvens d’Espagne et dans les sérails de la Turquie ; il a toujours une faim atroce et une soif alarmante, et malgré tous les beaux récits de ses hauts faits, il est facile de voir qu’il craint tout et n’a pas d’autre crainte.

Dans l’un de ses voyages, don Stentarello rencontre un capitaine piémontais. A Florence, un capitaine piémontais est toujours un héros. Stentarello lie conversation avec lui ; tout en lui racontant longuement ses exploits, il pense qu’ils feront bien de voyager ensemble, car des brigands infestent les environs ; il finit par lui demander,